Des biologistes sud-africains ont élucidé un mystère de l’évolution. Leurs recherches alambiquées impliquent des mouches ayant un bec de sept centimètres et la physique quantique.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

La science sait depuis Darwin que certains insectes ont connu une évolution parallèle aux fleurs qu’ils butinent. Le premier cas de ce genre, décrit par le père de la théorie de la sélection naturelle, était une orchidée de Madagascar ayant un tube pollinique de 30 cm, appariée à un papillon de nuit ayant un bec mesurant aussi 30 cm.

Un groupe d’iris africain, Lapeirousia, a des espèces ayant un tube pollinique de taille différente, correspondant chaque fois à des insectes pollinisateurs ayant la même longueur de bec. Mais une espèce de Lapeirousia, anceps, qui pousse près du Cap en Afrique du Sud, arbore plusieurs longueurs de tubes polliniques, même si elle est pollinisée par une seule espèce de mouche, Moegistorhynchus longirostris, dont le bec fait 7 cm de long.

« Il serait tentant pour les biologistes de considérer que chaque longueur de tube pollinisateur correspond à une espèce différente de Lapeirousia, mais nous trouvions que nous avions déjà suffisamment d’espèces différentes pour ce genre », explique par voie de communiqué l’auteur principal de l’étude publiée début août dans la revue New Phytologist, Bruce Anderson, biologiste à l’Université Stellenbosch, en banlieue du Cap.

M. Anderson a mis 16 ans à élucider le mystère de Lapeirousia anceps. Il a postulé que les formes de cette espèce d’iris ayant un tube pollinique court étaient pollinisées par la section du milieu du bec de la mouche, et que les formes de Lapeirousia anceps ayant un tube pollinique long étaient pollinisées par le bout du bec. Mais il lui manquait une technique permettant de vérifier cette hypothèse.

Une rencontre avec un physicien lui a permis d’utilise une méthode appelée « points quantiques » pour suivre à la trace chaque grain de pollen sur le bec des mouches, et dans les tubes polliniques. Sa nouvelle étude prouve que son hypothèse est correcte et que toutes ces fleurs sont des formes génétiquement différentes de la même espèce, Lapeirousia anceps.