Il serait bientôt possible de refroidir les immeubles avec de l’eau souterraine, une solution plus écoénergétique que la climatisation traditionnelle. Ce nouveau système éviterait de rejeter l’air chaud à l’extérieur lors de canicules.

Audrey-Maude Vézina
La Presse

Avec la hausse des températures, le problème des îlots de chaleur s’aggrave. Verdir les villes avec l’ajout de parcs ou la plantation d’arbres permet de rafraîchir, mais ces solutions ne conviennent pas partout.

Jasmin Raymond, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), travaille sur le projet Aquifroid, qui cherche des solutions de climatisation plus écologiques et moins énergivores. « Les méthodes standards rejettent l’air chaud du bâtiment vers l’extérieur. Elles consomment aussi beaucoup d’électricité pendant les périodes achalandées  », explique-t-il.

Le professeur propose d’utiliser l’eau souterraine pour refroidir les bâtiments. « Ça peut générer des économies d’énergie de 30 à 40 % par rapport à la climatisation conventionnelle », affirme Jasmin Raymond. Le système transfère la chaleur de l’immeuble dans l’eau et réinjecte l’eau dans le sol. Un puits pompera l’eau dans le bâtiment et un second la remettra dans le sol après son passage dans la pompe à chaleur. « On ne rejettera pas la chaleur dans l’air, mais sous terre », ajoute-t-il.

Une ressource renouvelable

Toute l’eau utilisée pour la climatisation doit être remise dans le sol selon le règlement sur le prélèvement des eaux du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. « L’eau souterraine est souvent utilisée comme source d’eau potable, alors nous devons préserver la ressource », précise Jasmin Raymond.

Même si l’eau souterraine est utilisée pour la climatisation, elle peut encore servir d’eau potable. Elle ne sera pas contaminée par son passage dans la pompe à chaleur. « Dans un système typique, le seul changement que l’eau va subir sera au niveau de sa température », explique M. Raymond.

En envoyant l’eau plus chaude sous terre, le système emmagasine aussi de la chaleur dans le réservoir. Cette énergie accumulée dans l’eau pourrait être réutilisée l’hiver pour le chauffage des immeubles. « La température de l’eau du réservoir est constante même en hiver. Ça ferait des économies de 60-70 % comparativement au chauffage électrique conventionnel  », avance Jasmin Raymond.

Avant d’implanter la technologie au Canada

En collaboration avec la Commission géologique du Canada, Jasmin Raymond veut déterminer le potentiel des ressources en eaux souterraines des grandes villes canadiennes comme Toronto, Montréal ou Québec. « On retrouve de l’eau souterraine partout sous nos pieds, mais ce n’est pas tous les sols qui permettent de l’extraire en quantité appréciable », explique le professeur.

Pour tester son système de climatisation à petite échelle, Jasmin Raymond a choisi la ville de Québec. Il veut étudier les effets sur le plan de la climatisation, de la consommation d’énergie et des ressources en eau. Il souhaite aussi évaluer les risques qui pourraient être associés à cette technologie. « Changer la température de l’eau souterraine pourrait entraîner des réactions chimiques qui réduiraient l’efficacité du système. On veut aussi savoir si ça peut favoriser la croissance de bactéries naturellement présentes dans l’eau souterraine. »