(Washington) Lorsque Neil Armstrong est mort en août 2012, ce fut officiellement de complications après une opération cardiovasculaire, mais sept ans après, les circonstances plus troubles de son décès commencent à être découvertes.

Ivan Couronne
Agence France-Presse

Le New York Times a rapporté mardi avoir reçu par courrier anonyme 93 pages de documents révélant un litige entre la famille de l’astronaute le plus célèbre de l’histoire et le petit hôpital où il fut traité et opéré, dans l’Ohio. Le journal local Cincinnati Enquirer a également reçu des documents.

La famille a, selon les journaux, menacé d’accuser publiquement l’hôpital de faute médicale. Un accord à l’amiable a finalement été trouvé pour éviter un scandale, l’hôpital versant six millions de dollars, dont cinq à ses deux fils, Rick et Mark, en échange de leur silence.

Dans un courriel de juillet 2014, l’épouse de Mark, Wendy, avocate, a menacé de rendre l’affaire publique pendant la célébration du 45e anniversaire de la mission Apollo 11.

« Si cette affaire devenait publique, le coût pour la réputation de votre client serait bien supérieur à celui imposé par n’importe quel jury populaire », écrivit-elle alors, selon le Cincinnati Enquirer.

« Aucune institution ne veut être associée, même de loin, à la mort de l’un des plus grands héros américains », aurait argué l’avocate représentant les petits-enfants d’Armstrong, Bertha Helmick, selon le Times.

Mais la veuve et seconde épouse d’Armstrong, Carol, a fait savoir qu’elle avait refusé de participer à l’accord.

Le litige concerne la décision de l’hôpital de Fairfield dans l’Ohio, aujourd’hui membre du groupe hospitalier Bon Secours Mercy Health, de n’avoir pas transféré immédiatement Armstrong au bloc opératoire lorsqu’il a été victime d’une hémorragie interne, plusieurs jours après un pontage coronarien. La décision initiale d’opérer a aussi été remise en cause.

Une porte-parole du groupe hospitaliser a déclaré à l’Enquirer que la publication des détails était « très décevante ».

Vie lucrative

Les règlements à l’amiable pour faute médicale sont monnaie courante aux États-Unis : 5 % seulement des cas finissent en procès, selon Michelle Mello, professeure de droit à Stanford ; les hôpitaux s’assurent contre ce risque.

Mais selon elle, le règlement le plus élevé en 2018, pour le décès d’un patient de plus de 80 ans, était de 1,49 million de dollars, la médiane étant de 145 000 dollars, dit-elle à l’AFP.

Le cas illustre la valeur lucrative du nom Armstrong, et plus généralement des astronautes de la grande époque.

Lorsque les fils Armstrong ont vendu des milliers d’objets personnels de leur père lors de trois enchères récentes, les recettes ont dépassé 12 millions de dollars, selon la maison Heritage Auctions.

Ils avaient indiqué, lors d’une interview à l’AFP à New York l’an dernier, vouloir créer une fondation et donner une fraction des recettes à des organisations caritatives.

D’autres astronautes ont capitalisé sur leur expérience lunaire.

Buzz Aldrin, qui a suivi Armstrong sur la Lune, se fait rémunérer pour participer à des conférences, à un tarif estimé entre 50 000 et 75 000 dollars par le site speaking.com.

« Il demande un jet privé et un logement VIP, et il les obtient, car tout le monde veut rencontrer Buzz Aldrin », dit à l’AFP Francis French, auteur de livres sur l’histoire spatiale et notamment sur les hommes d’Apollo 15, sanctionnés par la NASA pour avoir tenté de gagner de l’argent sans autorisation par la vente d’enveloppes timbrées transportées sur la Lune.

Selon Francis French, le fait que les anciens astronautes, qui n’avaient qu’une retraite militaire ou de fonctionnaire, s’enrichissent dans leur carrière post-NASA n’était ni secret ni mal vu.

Il ajoute connaître la famille Armstrong, qui n’est pas, selon lui, intéressée par l’argent.

L’un des quatre astronautes encore en vie à avoir marché sur la Lune, Charlie Duke, a demandé à l’AFP 5000 dollars en avril pour une interview.

« Il y a un marché, ils facturent ce qu’ils peuvent », a dit à l’AFP en mai John Logsdon, fondateur du Space Policy Institute à l’Université George Washington. « Ils ont risqué leur vie, je ne vois rien de mal à ce qu’ils en profitent. »

Neil Armstrong a choisi une vie plus discrète et moins rémunératrice. S’il utilisait sa notoriété, c’était principalement au bénéfice de son ancienne université, Purdue.  

Grâce à une grande campagne de collecte de fonds qu’il coprésida dans les années 1990, Purdue a levé 250 millions de dollars, a dit l’université à l’AFP.