Des biologistes japonais ont trouvé une espèce de ver capable de produire des sons presque aussi forts que celui de la « crevette-pistolet ». L’intensité dépasse celui du seuil de la douleur, entre 120 et 130 décibels.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Le son ne semble pas avoir de but précis, mais est un produit d’un combat entre deux vers pour un territoire », expliquent par voie de communiqué les chercheurs de l’Université de Kyoto, qui publient leurs résultats cette semaine dans la revue Current Biology. « Cela confirme que des invertébrés sont parmi les animaux les plus bruyants des océans, autant que les grands cétacés. »

Le ver Leocratides kimuraorum vit à l’intérieur d’éponges, à une profondeur de 100 mètres sur les côtes japonaises. Il peut mesurer jusqu’à trois centimètres. Quand deux vers se retrouvent dans le même endroit, ils combattent en plaçant leurs bouches l’une contre l’autre, créant une pression qui débouche sur des sons de 142 à 157 décibels à un mètre de distance, selon les 15 combats observés par les chercheurs.

La crevette-pistolet produit des bruits similaires, quoique des bruits dépassant 200 décibels ont été observés. Contrairement au ver japonais, elle utilise se sert des sons qu’elle émet pour étourdir ses proies quand elle chasse, ou pour communiquer. Ses claquements sont tellement forts qu’ils interfèrent parfois avec les sonars, ayant notamment nui aux opérations des sous-marins américains durant la Guerre froide.

Contrairement à la crevette-pistolet, le ver Leocratides kimuraorum a une carapace molle, ce qui fait de lui le seul invertébré sans structure solide à être capable de sons aussi forts. Il produit les sons grâce à une expansion très rapide de son pharynx, qui joint avec beaucoup de pression les bouches des deux vers, produisant un claquement puissant lorsqu’elles sont séparées. La succion est telle que l’un des vers, celui qui perd l’affrontement, est projeté vers l’arrière.