«C’est dur à croire qu’il ne me reste que quelques jours à bord de la station spatiale. Quand je vais revenir sur Terre, je vais devoir me pincer», réalise avec nostalgie l’astronaute québécois David Saint-Jacques. Au terme de sa mission, il aura passé 203 jours dans la Station spatiale internationale, un record pour un astronaute canadien. Compte rendu de sa dernière conférence en direct de l’espace avant son retour sur Terre lundi prochain.

Fanny Rohrbacher
La Presse

Un rêve qui s’achève

«Ça a été tellement intense comme aventure qu’elle est imprimée dans ma mémoire. J’aurai juste à fermer les yeux pour y revenir», a dit mercredi David Saint-Jacques à cinq jours de son retour sur Terre. «Nous on est très fiers de lui, c’est tout à fait remarquable, il a été parfait», commente Isabelle Tremblay, directrice des astronautes, des sciences de la vie et de la médecine spatiale à l’Agence spatiale canadienne. L’astronaute ne sait pas s’il participera à une nouvelle mission. «On part toujours en disant adieu, c’est une règle d’astronautes», dit-il.

David Saint-Jacques est impatient de retrouver sa famille et ses amis. Il a appris à vivre à distance et à garder des liens pour que ce soit une belle aventure pour tout le monde. «C’est une chose d’être astronaute, mais c’est autre chose de le faire en restant un bon mari, un bon père, un bon ami, un bon fils», estime-t-il. «On soutient l’ensemble de la famille selon ce qui est nécessaire. Ce sont des choses qui se passent en arrière de la scène», explique Isabelle Tremblay. L’astronaute est également impatient de profiter des petits plaisirs de la vie. «J’ai hâte de sentir le vent sur mon visage, l’air frais, de revoir la lueur d’un feu de camp au coucher du soleil, de me promener dans une ville où il y a beaucoup de gens», raconte-t-il.

Un message plein d’espoir

«L’espace est un endroit où on arrive à démontrer que lorsqu’on décide de mettre de côté nos différences et de se concentrer sur ce qu’on a en commun, on peut faire des miracles», dit David Saint-Jacques. Il est fier d’avoir pu démontrer une fois de plus que les diverses nations à bord de la station spatiale sont capables de travailler ensemble. Ce qui va lui manquer le plus? «La vue de la Terre, sa beauté impressionnante, sa grâce alors qu’elle roule dans le vide de l’espace, sa couche bleue d’atmosphère qui nous garde tous en vie», répond-il. S’il y a un héritage qu’il espère laisser, c’est celui «d’avoir partagé à quel point la Terre est magnifique, fragile et qu’on doit en prendre soin. C’est notre responsabilité pour les générations à venir».

Un retour qu’il appréhende

«Quand je vais rentrer sur Terre, je ne pense pas que la gravité sera mon amie», dit David Saint-Jacques. Dans la station spatiale, l’astronaute a appris à voler et à se déplacer sans aucun inconfort. Dans l’espace, «le sens de l’équilibre est complètement débranché donc la réadaptation est très difficile et très longue. On dit que les astronautes prennent à peu près autant de temps à récupérer que le temps qu’ils ont passé dans l’espace», explique Isabelle Tremblay. David a confié avoir hâte de porter ses enfants sur ses épaules, mais il lui faudra un certain temps avant qu’il puisse le faire. Sur Terre, il va devoir réapprendre vivre avec la gravité, à se tenir debout et marcher. «Je risque d’être vacillant, de devoir tenir la main de quelqu’un pour marcher droit, d’être nauséeux et de m’écraser sous l’effet de la gravité», anticipe l’astronaute. «J’ai grandi dans l’espace, j’ai pris quelques centimètres. Ma colonne vertébrale s’est redressée complètement, elle n’a presque plus de courbure, chaque disque s’est élargi», explique-t-il. «Je vais être tenté d’aller dans la piscine pour pouvoir flotter comme dans la station spatiale», dit-il.

Des derniers jours bien remplis

Pour ses derniers jours dans l’espace, outre les activités habituelles des astronautes comme les expériences scientifiques ou l’entretien d’équipement, David Saint-Jacques prépare ses bagages et révise l’atterrissage. «Tomber sur la Terre, entrer dans l’atmosphère, ouvrir les parachutes, atterrir au Kazakhstan, être récupéré par l’équipage russe puis revenir à Houston»: voilà comment il résume son programme de retour. Il doit connaitre ces manœuvres sur le bout des doigts. «Ce n’est pas bénin de revenir sur Terre, on tombe littéralement du ciel», dit-il. David Saint-Jacques laissera l’équipage de la station spatiale pour intégrer celui de Soyouz, le vaisseau spatial qui le ramènera sur Terre en quelques heures. «Il faut redevenir l’équipage de Soyouz pour revenir à la maison de manière sécuritaire», explique-t-il.