(Vancouver) Fumer de la marijuana contenant de faibles quantités du principal ingrédient psychoactif de la drogue n’augmente pas le risque d’accident chez la plupart des conducteurs, affirme l’auteur principal d’une étude qui a analysé la quantité de THC dans les échantillons de sang de plus de 3000 conducteurs blessés.

Camille Bains
La Presse canadienne

Selon Jeffrey Brubacher, professeur agrégé au département de médecine d’urgence de l’Université de la Colombie-Britannique, cette conclusion vaut pour des concentrations de THC inférieures à cinq nanogrammes par millilitre de sang.

En vertu des modifications apportées l’automne dernier au Code criminel, lors de la légalisation de la marijuana, tout conducteur ayant de deux à cinq nanogrammes dans leur système sanguin peut être passible d’une amende maximale de 1000 $.

Les résultats ont été récemment publiés dans la revue Addiction. Ils démontrent que l’alcool demeure le principal facteur des accidents de la route impliquant un conducteur aux facultés affaiblies. Suivent les drogues comme la cocaïne, l’héroïne et les amphétamines qui font augmenter le risque d’accident de 82 %, et des médicaments — notamment les somnifères et les antidépresseurs — qui l’élèvent de 45 %.

« L’élément complexe réside dans le fait que les personnes qui utilisent chaque jour (la marijuana) à des fins médicinales ou récréatives ont des niveaux faibles dans l’échelle de deux à cinq (nanogrammes), a déclaré le Dr Brubacher. S’ils peuvent avoir ce taux dans le sang pendant plusieurs jours suivant leur dernière consommation, car le THC s’accumule dans la graisse. »

Il dit que l’avantage d’établir des limites peu élevées est d’envoyer un message très clair : « si on fume du pot, on ne conduit pas ».

L’étude mentionne également que l’impact de la légalisation de la marijuana peut être plus important si un plus grand nombre de personnes conduisent après avoir consommé.

« Il est également important de signaler que le risque associé au cannabis peut être plus élevé chez les jeunes conducteurs qui présentent un risque de collision élevé au départ ou chez les consommateurs de cannabis inexpérimentés, qui risquent d’être moins en mesure de compenser les déficiences induites par le cannabis », souligne-t-il.

Le chef du service de police d’Abbotsford, en Colombie-Britannique, Mike Serr, signale que de nouvelles études seront nécessaires pour avoir une idée précise de l’impact de la marijuana sur les capacités à conduire un véhicule.

« Si quelqu’un a fumé un joint et qu’il est nettement capable de communiquer et de faire fonctionner un véhicule, il ne passera généralement pas sous notre radar », dit celui qui est aussi coprésident du comité consultatif sur les drogues de l’Association canadienne des chefs de police.