La solution au problème de la malaria pourrait venir du Grand Nord. Des chercheurs de l’Université Laval ont démontré l’efficacité de molécules anti-malaria découvertes dans un champignon microscopique du Nuvavut.

Fanny Rohrbacher
La Presse

Chaque année, plus de 200 millions de personnes sont atteintes de la malaria et près de 500 000 en meurent, selon l’Organisation mondiale de la santé. Le principal responsable ? Le Plasmodium falciparum, un parasite transmis par une piqûre de moustique. « Un jour, ce ne sera plus possible de traiter les personnes atteintes de la malaria parce que le parasite résiste de plus en plus aux médicaments actuels. Il faut absolument développer de nouveaux agents pour contrer la maladie », déclare Normand Voyer, professeur de chimie à l’Université Laval.

Le Grand Nord à la rescousse

En analysant des sédiments de la Baie de Frobisher, dans le Grand Nord canadien, l’équipe de l’Île-du-Prince-Édouard de Russell Kerr a identifié une nouvelle espèce de champignon microscopique. Certaines des substances de ce champignon possèdent des similarités avec les composés anti-malaria. Malheureusement les chercheurs ne disposaient pas de quantités suffisantes de ces substances pour les étudier.

Normand Voyer a poursuivi les recherches de Russell Kerr. Il a démontré que les substances du champignon du Grand Nord peuvent lutter contre des parasites des pays chauds.

« Grâce à une technologie inédite mise au point dans notre laboratoire à l’Université Laval, on a pu synthétiser ces substances pour la première fois », explique Normand Voyer.

Une fois l’étape de la synthèse franchie, Normand Voyer a fait appel au professeur Dave Richard, spécialiste de la malaria au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval.

« Dave et son équipe ont testé les substances du champignon sur des souches résistantes du parasite de la malaria. On a remarqué que l’une des quatre substances testées est aussi efficace sur une souche classique que sur une souche multirésistante. »

Les traitements actuels

Les médicaments anti-malaria engendrent des effets secondaires importants. « On n’a pas le choix de traiter les gens avec ces composés-là parce qu’on n’en connait pas d’autres », déplore Normand Voyer.

La substance la plus efficace pour lutter contre la malaria s’appelle l’artémisinine. Le problème ? « Le parasite de la malaria commence résiste de plus en plus à l’artémisinine. » D’ici 15 à 20 ans, l’Organisation mondiale de la santé estime que la situation deviendra alarmante.

L’objectif des parasites est de survivre. « Tous les micro-organismes essayent de se protéger contre les prédateurs en fabriquant des substances qui les protègent. Quand on essaye de les traiter, ils s’adaptent beaucoup plus vite que les humains. »

Le parasite de la malaria se reproduit plus rapidement que l’homme. Son cycle de reproduction est de 48 h dans le corps humain. « Plus le cycle de vie du parasite est court, plus son génome (l’ADN) mute et se transmet rapidement. »

Vers un médicament ?

« On n’a pas découvert de médicament, mais plutôt une substance naturelle qui tue le parasite in vitro », prévient Normand Voyer.

« Cette substance possède les propriétés nécessaires, mais on ne peut pas parler de médicament. » De nombreux paramètres doivent être optimisés avant que cette substance en devienne un. « Les chimistes pharmaceutiques sont champions pour transformer une substance en médicament, c’est-à-dire la rendre stable, diminuer sa toxicité, augmenter sa biodisponibilité, etc… »

« On ne sait pas comment les substances du champignon agissent. Si on le savait, ce serait beaucoup plus facile. »

Avec de bonnes quantités de substance, les chercheurs pourront réaliser des études pour comprendre comment elles agissent sur le parasite et le tuent. « Si on est capable d’identifier son mode d’action, ça ouvre la porte au développement d’un médicament. »