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La gueule de bois donne des maux de tête aux scientifiques

Les membres du Groupe international de recherche sur... (Photo Archives The Associated Press)

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Les membres du Groupe international de recherche sur la gueule de bois ont découvert que la plupart des connaissances qui circulent sur la gueule de bois sont en fait des mythes.

Photo Archives The Associated Press

Vous avez l'impression qu'un gong bat la mesure dans votre tête. Votre estomac est sur le point de chavirer. Même la lumière du jour est une agression. La journée, c'est déjà évident, sera interminable.

Bon lendemain de Saint-Jean-Baptiste! Pas de doute possible: vous avez la gueule de bois. Mais ce que vous ignorez sans doute, c'est que votre condition est un mystère scientifique.

«C'est étonnant quand on sait que le phénomène coûte 160 millions en revenus perdus aux États-Unis, mais peu de chercheurs étudient la gueule de bois», a expliqué à La Presse Adam Rogers, éditeur du magazine Wired, qui vient de publier Proof, the Science of Booze, un livre sur la science de l'alcool.

«La gueule de bois est une question intrigante pour une raison: on ignore pourquoi ces symptômes apparaissent après que l'alcool et ses métabolites ont été éliminés par le corps», résume Joris Verster, professeur de psychopharmacologie à l'Université d'Utrecht, aux Pays-Bas, dans un article scientifique publié en 2008.

Plusieurs fausses croyances

M. Verster a fondé le Groupe international de recherche sur la gueule de bois - une association de chercheurs qui, obligation professionnelle oblige, tient des réunions souvent bien arrosées. Ses membres ont découvert que la plupart des connaissances qui circulent sur la gueule de bois sont en fait des mythes.

Prenez la déshydratation. Il est vrai que l'alcool bloque la sécrétion de la vasopressine, une hormone qui permet aux reins d'absorber l'eau du corps. Résultat: après quelques verres en trop, les reins expédient l'eau du corps directement vers la vessie, ce qui oblige le fêtard à multiplier les visites aux toilettes.

Sauf qu'en analysant le niveau d'électrolytes des gens affligés de gueule de bois, les chercheurs ont découvert qu'il n'est pas si différent de la norme. Surtout, ils n'ont pas observé de corrélation entre le niveau de déshydratation et l'ampleur des symptômes.

Morale de l'histoire: avaler un grand verre d'eau ce matin est certainement une excellente idée. Mais vous faites fausse route si vous espérez qu'il vous redonnera votre vigueur des meilleurs jours.

L'acétaldéhyde, un composé toxique produit par le foie lorsqu'il dégrade l'alcool, est aussi souvent montré du doigt. Le hic: il n'est plus présent dans le sang lorsque la gueule de bois apparaît.

Un taux de sucre trop bas? Il s'agit d'une autre théorie répandue. Sauf que si elle était vraie, il suffirait d'une banane ou d'un coca-cola pour remettre les choses en ordre. Et tout buveur vous le dira: ça ne fonctionne pas.

Alors? Après avoir fouillé la question pour son livre, Adam Rogers confie maintenant qu'il avale quelques comprimés d'ibuprofène (Advil) avant de regagner son lit après une dure soirée.

«Ce qui semble ressortir des recherches, c'est que la gueule de bois est une réponse inflammatoire, un peu comme la grippe», explique-t-il.

Des chercheurs coréens ont en effet découvert récemment que le sang de sujets disant souffrir de gueule de bois présentait des concentrations élevées de cytokines, des substances synthétisées par le système immunitaire.

La théorie est renforcée par le fait qu'en injectant des cytokines à des individus sains, ceux-ci se plaignent de maux de tête, de nausées et de fatigue - des symptômes bien connus de ceux qui ont chanté hier Gens du pays en encourageant avec un peu trop d'enthousiasme les brasseurs de bière et autres producteurs de rosé.

Adam Rogers met cependant en garde contre une solution trop simple. C'est qu'en sollicitant le foie et les reins, déjà mis à rude épreuve lors d'une cuite, les anti-inflammatoires comme les ibuprofènes peuvent exacerber les problèmes gastro-intestinaux typiques de la gueule de bois.

Herbes chinoises et génétique

«Avant de soigner la gueule de bois, il faudra comprendre comment l'alcool agit sur le cerveau, souligne Adam Rogers. Et même ça, c'est loin d'être clair.»

Les recherches les plus récentes sont complexes. À faible dose, l'alcool se fixe sur un neurotransmetteur appelé GABA et diminue l'activité neuronale - ce qui explique son effet relaxant. Mais à plus forte dose, il désensibilise les récepteurs de GABA et augmente l'activité neuronale - d'où l'état d'excitation qui survient après quelques verres.

Une entreprise commercialise aujourd'hui une substance, BluCetin, qui vise les récepteurs de GABA. Elle est dérivée d'une herbe chinoise connue pour atténuer la gueule de bois.

Adam Rogers, qui l'a essayée dans le cadre de la rédaction de son livre, affirme ne pas avoir observé d'effets.

«Mais scientifiquement, ça ne veut pas dire que ça ne fonctionne pas», avertit-il.

Des recherches génétiques sont en cours sur ceux qui disent ne jamais souffrir de la gueule de bois - ils formeraient environ 22% de la population. Mais pour l'instant, Adam Rogers croit que le remède miracle aux durs lendemains de Saint-Jean-Baptiste n'existe pas encore.

«Parfois, la meilleure façon de ne pas perdre, c'est de ne pas jouer», lance-t-il.




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