Au deuxième étage de l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies, dans l’est de Montréal, les couloirs ternes laissent place à des murs colorés, tapissés de dessins et de pensées positives. Ici, dans le plus grand département de pédopsychiatrie du Québec, environ 750 enfants sont hospitalisés chaque année.

Trois jeunes sont attablés en silence devant leur casse-tête. Une quatrième appelle sa famille avec le téléphone fixe de l’unité.

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Des jeunes s’occupent en faisant un casse-tête.

Nous sommes à la fin de mai. Au bout du corridor, les portes ouvertes mènent à une grande terrasse donnant sur le bois adjacent à l’hôpital. C’est un des moments de l’année où l’unité est la plus occupée. « Il y a beaucoup de crises suicidaires », dit la pédopsychiatre Kimberly Pham.

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Une grande terrasse donne sur le bois adjacent à l’hôpital.

Ce n’est pas un hasard si ça tombe à la fin de l’année scolaire. « La période des examens finaux, ça peut beaucoup les stresser. Ce n’est pas nécessairement le déclencheur, mais ça contribue beaucoup », dit la Dre Pham.

L’achalandage s’estompe généralement vers la mi-juin. « Il n’y a plus d’école, il n’y a plus de règles, donc le jeune ne fait pas face à ses difficultés », note la cheffe de service à l’urgence secondaire, Kathleen Bertrand.

Les adolescents sont hébergés à l’unité d’hospitalisation brève pour une durée de deux à trois jours maximum.

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La Dre Pascale Grégoire, pédopsychiatre et cheffe du département de pédopsychiatrie

L’hospitalisation, c’est le dernier recours, mais ça permet quand même d’assurer une sécurité et ne pas les retourner chez eux quand ils sont instables.

La Dre Pascale Grégoire, pédopsychiatre et cheffe du département de pédopsychiatrie

Au total, l’unité brève compte six chambres. En cas de besoin, trois civières peuvent être ajoutées. La majorité des adolescents hospitalisés dans cette unité le sont en raison d’idées suicidaires. Les éléments en cause sont nombreux : stress scolaire, conflits amicaux ou amoureux, problèmes familiaux. « La plupart du temps, les facteurs s’accumulent et le jeune surpasse ses capacités d’adaptation », explique la Dre Pham.

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La pédopsychiatre Kimberly Pham

Pendant leur séjour, des rencontres médicales, des activités thérapeutiques de groupe et des réflexions individuelles adaptées à leur situation occupent les journées des jeunes. Des livres et des exercices d’étirements occupent leur temps libre.

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En cas de besoin, trois civières peuvent être ajoutées dans l’unité brève.

Le temps, ici, est toutefois limité. « On ne peut pas régler tous les facteurs qui ont déclenché la crise », poursuit la Dre Pham. L’objectif est de stabiliser les jeunes et de leur donner des outils pour retourner rapidement dans leur famille.

Un millier de jeunes à l’urgence

De petits locaux se trouvent à quelques pas de l’unité d’hospitalisation brève. Ils composent l’urgence secondaire. Véritable plaque tournante du département de pédopsychiatrie, c’est à cet endroit que les jeunes sont pris en charge à leur arrivée à l’hôpital.

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La salle d’attente de l’urgence secondaire. L’urgence reçoit environ 1000 jeunes par année.

L’urgence reçoit environ 1000 jeunes par année provenant de 13 hôpitaux des régions de Montréal, Laval, Lanaudière et Mauricie–Centre-du-Québec. « Dans certaines urgences, il n’y a pas de pédopsychiatres sur place, donc les patients viennent se faire évaluer ici », explique la Dre Pascale Grégoire.

Après leur évaluation, certains jeunes obtiendront un suivi à l’externe, d’autres seront hospitalisés pour une courte période – dans l’unité d’hospitalisation brève – ou pour une plus longue durée à l’unité des enfants ou des adolescents.

Les patients « qui vont le plus mal » seront admis à l’unité des soins intensifs en psychiatrie, indique Mme Bertrand. C’est la seule unité du genre au Québec.

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Kathleen Bertrand, cheffe de service à l’urgence secondaire

Située à l’extrémité du deuxième étage, l’unité des soins intensifs ne comporte que trois petites chambres vitrées qui donnent sur le poste du personnel. « On doit toujours les voir », résume Mme Bertrand. L’unité accueille généralement des patients à haut risque suicidaire, en psychose ou bipolaires.

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L’unité des soins intensifs ne comporte que trois petites chambres vitrées qui donnent sur le poste du personnel.

Pour éviter qu’un jeune tente de mettre fin à ses jours, certains patients n’ont aucun drap sur leur lit et portent des jaquettes en papier. Les jeunes sont en surveillance constante, même à la salle de bains. La chasse d’eau de la toilette est verrouillée à clé, seuls les intervenants peuvent l’activer. Il n’y a pas non plus de rideau de douche. Le séjour moyen est de quelques jours.

Un horaire bien rempli

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Le poste des infirmières de l’unité des adolescents, qui compte une dizaine de jeunes.

Lorsqu’ils se portent mieux, certains vont rejoindre l’unité des adolescents, qui compte une dizaine de jeunes. Les murs vert et jaune de l’unité contrastent avec le climat austère des soins intensifs.

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L’horaire est bien chargé à l’unité des adolescents.

Il est 10 h, les adolescents sont rassemblés au salon et attendent le début de leur atelier.

Chaque matin, à 9 h, les jeunes doivent s’être lavés, avoir déjeuné et être prêts à commencer leur journée. Suit une marche à l’extérieur, avant les activités thérapeutiques afin d’outiller les jeunes pour les défis de la vie quotidienne. C’est en soirée qu’ils pourront recevoir la visite de leur famille.

Les jeunes entrent dans un petit local situé en face de leurs chambres. Un plateau de jeu coloré est déposé au centre de la table. À tour de rôle, ils lancent un dé géant et sont invités à répondre à des questions sur les réseaux sociaux. « Maxime envoie des messages blessants à Simon. Est-ce que c’est une situation d’intimidation ? », demande au groupe la psychoéducatrice Roxanne Lavallée.

« C’est quoi, l’intimidation ? », répond une jeune patiente. « Ce sont des propos blessants qui peuvent affecter une personne », répond l’adolescent à ses côtés. « Alors oui, c’est de l’intimidation », conclut la jeune.

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Eve Cadieux, directrice adjointe par intérim santé mentale, volet enfants et adolescents

Ils seront généralement hospitalisés pour trois à six semaines. « On vise des durées de séjour en bas d’un mois, mais ça varie », dit Eve Cadieux, directrice adjointe par intérim santé mentale, volet enfants et adolescents. Une unité similaire est également disponible pour les enfants de 6 à 12 ans.

L’infirmière clinicienne Annie Thibault souhaite faire tomber les tabous sur la santé mentale. « Encore aujourd’hui, c’est plus facile pour certains parents de dire que son enfant a des soins physiques que des soins en santé mentale. » Elle veut que les choses changent. « Ça fait sept ans que je suis ici et je suis toujours surprise et émerveillée de la force qu’ils vont démontrer à travers la maladie. »

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    Nombre d’employés qui travaillent au département de pédopsychiatrie de l’Hôpital en santé mentale Rivière-des-Prairies, dont 31 pédopsychiatres
    Source : CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal