(Toronto) De nombreuses personnes atteintes de diabète au Canada pourront bientôt prendre de l’insuline une fois par semaine au lieu de quotidiennement, a annoncé lundi le fabricant de médicaments Novo Nordisk.

L’insuline icodec, qui sera vendue sous la marque Awiqli, est la première injection d’insuline basale à administrer une fois par semaine et elle sera disponible partout au pays à partir du 30 juin, selon l’entreprise.

Le Canada est le premier pays à obtenir ce produit, qui a été approuvé par Santé Canada en mars pour le traitement des adultes atteints de diabète de type  1 et de type 2.

« Je pense que c’est une très grosse affaire », estime le docteur Harpreet Bajaj, chef du comité directeur des lignes directrices de pratique clinique chez Diabète Canada.

« (C’est) énorme pour réduire le fardeau de ces personnes qui doivent s’injecter de l’insuline », a ajouté le docteur Bajaj, endocrinologue à la clinique LMC, spécialisée en diabète et en endocrinologie et qui est financée par l’État et implantée dans le sud de l’Ontario et à Calgary.

Il a dit que certains de ses patients ont participé à des essais cliniques sur l’Awiqli et ont demandé quand il serait disponible, car ils ont dû revenir aux injections quotidiennes depuis la fin de l’étude.

Surtout pour le diabète de type 2

Bien que l’insuline hebdomadaire soit approuvée par Santé Canada pour le traitement du diabète de type 1 et de type 2, les endocrinologues affirment qu’elle sera surtout utile pour les patients de type 2.

Cela s’explique en grande partie par le fait que les patients atteints de diabète de type 1 devraient s’administrer chaque jour des injections supplémentaires d’insuline à action rapide au moment des repas, car leur corps ne produit pas d’insuline par lui-même, a expliqué le docteur Bajaj.

Les personnes atteintes de diabète de type 2 produisent de l’insuline, mais dans certains cas, elles n’en génèrent pas assez, et dans d’autres, leur corps ne l’utilise pas correctement. Les injections d’insuline basale amènent leurs niveaux d’hormones au bon niveau pendant le jeûne, et d’autres médicaments peuvent contrôler les « pics de sucre qui accompagnent la nourriture », a indiqué le docteur Bajaj.

La série d’essais cliniques randomisés sur l’Awiqli – qui incluait de nombreux pays, dont le Canada et les États-Unis – a été principalement réalisée auprès de patients de type 2. Un seul des essais impliquait des patients atteints de diabète de type 1 ; il a révélé un risque plus élevé d’hypoglycémie lorsque ces patients prenaient l’option hebdomadaire d’insuline.

La Food and Drug Administration des États-Unis n’a pas approuvé l’Awiqli. Son comité consultatif sur l’endocrinologie et les médicaments métaboliques a conclu en mai que davantage d’informations étaient nécessaires sur l’utilisation de l’insuline hebdomadaire chez les patients diabétiques de type 1.

Meilleure adhésion au traitement ?

Le docteur Alexander Abitbol, qui est également endocrinologue au LMC, a déclaré que l’un des principaux avantages du nouveau produit est que davantage de patients ayant besoin d’insuline le prendront probablement si ce n’est qu’une fois par semaine, ce qui les aidera à se protéger contre des complications dévastatrices dans les cas où la maladie n’est pas correctement traitée.

« L’impact pour les patients est que moins d’entre eux resteront longtemps avec une glycémie élevée », a souligné le docteur Abitbol.

« Une glycémie élevée pendant trop longtemps contribue aux maladies oculaires, rénales, nerveuses, cardiaques et à tous les autres problèmes dont nous entendons parler à propos du diabète. »

L’Awiqli fonctionne comme une libération prolongée d’insuline au cours d’une semaine, a précisé le docteur Abitbol.

Les protéines de l’insuline sont absorbées lorsqu’elles sont injectées, puis se lient à une autre protéine présente dans le sang appelée albumine, a-t-il indiqué. Avec la version hebdomadaire, ils se lient plus étroitement, puis les protéines insuliniques se détachent progressivement.

Le médecin, qui était enquêteur dans l’essai clinique impliquant des patients diabétiques de type 1, a affirmé qu’il prescrirait principalement l’Awiqli aux patients de type 2.

« Je pense que même si l’insuline hebdomadaire est un outil fantastique pour les cliniciens, nous allons devoir l’utiliser correctement », a-t-il soulevé.

« Cela ne conviendra pas à tous les patients diabétiques, mais pour ceux qui conviennent, ce sera probablement une meilleure option que l’insuline basale quotidienne. »

L’Awiqli pourrait toutefois être la meilleure option pour certains patients diabétiques de type 1, a ajouté le docteur Abitbol, car c’est le moyen le plus pratique pour eux d’obtenir le traitement dont ils ont besoin.

« Le (patient) type 1 qui refuse de prendre son insuline est constamment à l’hôpital. Le type 1 qui pourrait avoir un trouble du développement ou cognitif, dont la famille l’aide (à prendre de l’insuline) et qui n’est peut-être pas en mesure de l’aider tous les jours, serait peut-être en mesure de le faire une fois par semaine », a-t-il expliqué.

Un produit dispendieux

Le docteur Ehud Ur, un endocrinologue de Vancouver qui n’a pas participé aux essais cliniques, croit que la nouvelle insuline hebdomadaire est « un autre outil dans la boîte à outils » pour traiter le diabète – mais que de nombreux patients pourraient ne pas y avoir accès en raison du coût.

« Cela peut être une bonne option, car cela vous donne une aiguille par semaine plutôt qu’une aiguille chaque jour », a soutenu le docteur en entrevue.

« Le problème est que cela est compensé par une énorme différence de prix », a-t-il déclaré, soulignant que les injections quotidiennes d’insuline – qui existent depuis longtemps – sont moins chères qu’un nouveau produit à base d’insuline breveté.

L’Agence canadienne des médicaments, qui évalue les médicaments et recommande s’ils doivent être remboursés par les régimes publics d’assurance médicaments, estime que le coût de l’Awiqli sera supérieur à 1350 $ par an et par patient.

L’agence recommande sur son site internet que l’Awiqli soit financé pour le traitement du diabète de type 2, mais à la condition que le prix soit réduit pour correspondre à la moins coûteuse des injections d’insuline les plus fréquentes.

On ne sait pas encore si les assureurs privés couvriront l’option d’injection hebdomadaire, plus coûteuse, pour les patients qui la préfèrent, mais Novo Nordisk se montre optimiste.

« Nous observons des premiers signaux positifs selon lesquels les régimes privés d’assurance médicaments voient la valeur que l’Awiqli apporte aux patients vivant avec le diabète de type  1 et de type 2 », a déclaré la porte-parole Kate Hanna dans un courriel.

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