(Québec) Les coûts de construction des maisons des aînés bondissent de 19 %, soit de 430 millions de dollars, en raison de la surchauffe dans l’industrie de la construction, a appris La Presse. Qu’à cela ne tienne, le gouvernement Legault essuiera la facture de 2,8 milliards, déterminé à livrer à l’automne les 2600 places d’hébergement promises en campagne électorale.

Publié le 28 mai
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Il va de l’avant avec l’ensemble des appels d’offres pour la construction des maisons des aînés malgré « la réception de résultats […] plus défavorables dans le contexte de la surchauffe », confirme la Société québécoise des infrastructures (SQI) à La Presse.

« En conséquence, il a été nécessaire d’effectuer un rehaussement de l’enveloppe prévue initialement », ajoute-t-elle. Québec revoit son budget à la hausse, le faisant passer de 2,36 à 2,79 milliards « en considérant les résultats d’appels d’offres reçus » pour la construction des bâtiments.

La SQI avait annulé en début d’année un total de neuf appels d’offres en raison de prix trop élevés. L’exercice s’est finalement avéré plus coûteux en raison de l’inflation galopante et de la surchauffe dans l’industrie de la construction, qui s’est accentuée avec l’incertitude économique mondiale.

« Le contexte de surchauffe du marché, jumelé à la pénurie de main-d’œuvre dans l’industrie de la construction, ainsi que la hausse des prix des matériaux exercent une forte pression sur les coûts de construction, que ce soit au Québec ou plus largement au Canada, et même partout dans le monde », fait observer la SQI.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants

Au début du mois, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, évoquait une situation économique totalement imprévisible : « Personne ne pouvait prévoir qu’il y aurait une guerre en Ukraine, personne ne pouvait prévoir que le port de Shanghai fermerait… les gens dans l’industrie pensaient qu’après la pandémie, ça se rétablirait », affirmait-elle.

L’opposition accuse depuis plusieurs mois le gouvernement Legault de foncer tête baissée dans la construction de maisons des aînés pour des raisons électoralistes même si ce projet est devenu un « gouffre financier » et une « catastrophe annoncée » selon eux.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, et le premier ministre François Legault en visite sur le chantier d’une maison des aînés à L’Assomption, en octobre 2021

Mardi encore, le premier ministre François Legault a défendu le choix budgétaire de son gouvernement lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.

« Il ne faut pas seulement agir dans les soins et les services à domicile, il faut aussi agir dans les CHSLD. Et c’est pour ça qu’on a un grand projet de maisons des aînés. Je sais que les oppositions trouvent qu’on met trop d’argent dans les maisons des aînés, c’est trop cher pour nos aînés. Moi, je trouve que nos aînés méritent ces maisons des aînés », a-t-il soutenu, en réaction au Parti québécois, qui déplorait le développement insuffisant des soins à domicile.

« Un modèle difficilement soutenable »

Des chercheurs du Pôle santé de HEC Montréal ont émis des réserves quant au modèle des maisons des aînés dans un rapport remis à la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, en octobre 2021.

Selon eux, « les contraintes spécifiques des maisons des aînés », c’est-à-dire sans tenir compte de la surchauffe et de l’inflation, « font que leur coût de construction représente entre 1,5 et 2 fois les coûts de construction des CHSLD traditionnels ».

« Le coût très élevé des maisons des aînés semble en faire un modèle difficilement soutenable, considérant le nombre important de places à construire dans les prochaines années afin de faire face à l’évolution démographique », ajoutent les professeurs Samuel Sponem, Caroline Lambert, Élodie Allain et Denis Châteauvert.

Selon Statistique Canada, le nombre de Canadiens âgés de plus de 90 ans triplera d’ici environ 30 ans. Dans ses propres prévisions, le ministère de la Santé et des Services sociaux estime que 20 264 personnes supplémentaires, âgées de 70 ans ou plus, auront besoin d’une place d’hébergement de longue durée en 2028, une hausse de 60 % par rapport à la situation actuelle.

Et c’est sans compter que 3800 personnes sont sur la liste d’attente pour obtenir une place en CHSLD, un nombre qui a augmenté sous la gouverne caquiste. Les places prévues dans les maisons des aînés comblent à peine ce besoin urgent.

Dans un rapport déposé le 11 mai à l’Assemblée nationale, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, s’inquiète de cette demande croissante et des services insuffisants en soins à domicile. « Si aucun changement n’est apporté, les aînés en grande perte d’autonomie n’auront pas tous accès à des soins de longue durée publics d’ici 2028 ni à une intensité de services suffisante », conclut-elle, déplorant que le gouvernement navigue à vue et ne fasse pas une planification digne de ce nom.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Guylaine Leclerc, vérificatrice générale du Québec

Il y a quatre ans, en campagne électorale, la CAQ a promis de créer 2600 places dans un nouveau concept d’hébergement, les maisons des aînés, au coût de 1 milliard de dollars. La facture a grimpé à 1,5 milliard en 2020, à 2,36 milliards l’an dernier, et maintenant à 2,79 milliards. Il faut ajouter le coût d’acquisition total pour les terrains qui s’élève à 16 millions. Le projet global consiste à offrir un total de 3480 places pour des aînés et des adultes lourdement handicapés dans 46 maisons – dont 33, comptant 2600 places, seront livrées l’automne prochain. Les autres maisons doivent être livrées au cours de l’année 2023.

Les maisons des aînés en bref

  • Projet total : 46 maisons des aînés et alternatives
  • Nombre de places : 3480
  • Budget de construction : 2,79 milliards
  • Budget d’exploitation : 1,5 milliard sur cinq ans
  • Engagement : livraison de 33 maisons pour 2600 nouvelles places à l’automne 2022