(Québec) Christian Dubé recule concernant un aspect controversé de son projet de loi pour élargir l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes d’une maladie grave et incurable. Le gouvernement retire les articles qui rendaient admissibles les personnes atteintes d’un handicap neuromoteur.

Mis à jour le 26 mai
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Les partis de l’opposition ont tour à tour rappelé jeudi que cet aspect du projet de loi n’avait pas été étudié par la commission spéciale transpartisane sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie. Son rapport, déposé en décembre dernier, recommandait entre autres à Québec qu’une « personne majeure et apte puisse faire une demande anticipée d’aide médicale à mourir à la suite d’un diagnostic de maladie grave et incurable menant à l’inaptitude ».

Pour adopter la loi avant la fin de la session, les partis de l’opposition ont exigé que le gouvernement colle son texte législatif aux enjeux abordés dans le consensus par la commission.

En mêlée de presse, jeudi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a affirmé qu’il souhaitait d’abord et avant tout le consensus sur ce dossier. Plus tôt en journée, il a également parlé avec le président du Collège des médecins du Québec, le DMauril Gaudreault, pour lui expliquer que le gouvernement procéderait dans un deuxième temps, lors de la prochaine législature, sur la question de l’admissibilité des personnes atteintes d’un handicap neuromoteur.

« J’ai expliqué au DGaudreault ce matin que je ne pouvais pas prendre un risque de faire déraper ce projet de loi là avec ce point-là. Alors, je lui ai dit que c’était partie remise. On reviendra avec ça lorsque les parlementaires, les Québécois seront prêts », a affirmé M. Dubé.

En mai 2021, le Collège des médecins avait recommandé à la commission spéciale d’inclure la notion de handicap neuromoteur, comme la quadriplégie, pour harmoniser la loi québécoise à celle du fédéral. La paraplégie, la paralysie cérébrale et l’amputation après un accident sont également des handicaps neuromoteurs graves.

« L’aide médicale à mourir est un dossier d’une grande sensibilité qui doit avancer dans le consensus. Il nous importe que la situation soit clarifiée pour que les médecins puissent prodiguer ce soin en toute légalité et sérénité aux personnes éligibles qui en font la demande », a réagi jeudi le Collège.

Le gériatre David Lussier a dit comprendre le recul du gouvernement, même s’il était lui-même favorable au projet de loi original.

« La loi fédérale le permet. Le Québec est le seul endroit au Canada où ce n’est pas permis. Il faudra l’inclure, car sinon, ce sera beaucoup trop complexe à gérer », a dit en entrevue le DLussier, membre de la Commission des soins de fin de vie.

Le médecin espère maintenant que le débat sur l’inclusion des handicaps neuromoteurs dans la loi pourra avoir lieu après les élections de l’automne prochain. « Il y a trop peu de temps maintenant pour faire le débat. Mais je comprends que le gouvernement voudra remettre ce débat. »

Avec la collaboration de Gabriel Béland et de Fanny Lévesque, La Presse, et La Presse Canadienne