Après avoir connu une semaine particulièrement achalandée, les salles d’urgence du Québec n’ont pas dérougi, vendredi. Plusieurs hôpitaux affichaient des taux d’occupation de plus de 150 %. En recherche de solutions, certains intervenants réclament le retour de la ligne « Un appel, un rendez-vous », créée durant la pandémie pour prendre en charge les cas non urgents en pédiatrie.

Publié le 20 mai
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

« Ça avait donné un bon coup de main, surtout en pédiatrie », note la Dre Judy Morris, présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec.

Directeur général et propriétaire des centres médicaux Mieux-Être à Montréal, Rémi Boulila espère sincèrement que la ligne sera relancée. « On regarde la disparition de ce service avec effroi. Nos médecins pouvaient vraiment aider à désengorger les urgences, dit M. Boulila. Tout le monde veut que ça revienne ».

« Pour une fois qu’on avait quelque chose d’efficace. C’est dommage de l’avoir retirée », note le DMichel Tran, omnipraticien dans un GMF du Nord de Montréal.

Lancée en septembre 2021, la ligne « Un appel, un rendez-vous » permettait aux parents d’enfants ayant un problème de santé non urgent d’obtenir une consultation. Elle a cessé d’exister le 31 mars. « Actuellement, les hôpitaux de l’île de Montréal travaillent étroitement avec les cliniques médicales afin d’optimiser les plages horaires de prises de rendez-vous pour un état de santé non urgent », explique-t-on à la Direction régionale de l’accès aux services médicaux de première ligne du DRMG de Montréal. On estime aussi que le lancement des Guichets d’accès à la première ligne (GAP), dont la première phase doit être fonctionnelle le 1er juin, « contribuera à diminuer la pression sur l’ensemble des urgences, y compris celle des deux hôpitaux pédiatriques. »

Pour M. Boulila, la ligne « Un appel, un rendez-vous » aurait justement « pu s’arrimer au GAP ». « Vous aviez une solution qui fonctionnait. Pourquoi l’avoir enlevée ? » demande-t-il.

Ces questionnements surviennent alors que les salles d’urgence du Québec étaient très occupées, vendredi. À l’hôpital Anna-Laberge, à Châteauguay, le taux d’occupation était de 178 % peu avant midi. Ces urgences sont particulièrement occupées depuis plusieurs mois. En pénurie de personnel, l’établissement a dû fermer 15 lits en avril. Ces lits s’ajoutent aux 25 autres qui avaient dû être fermés en début de pandémie dans cet établissement de 253 lits.

La Dre Morris explique que le fort achalandage vécu dans les urgences de la province s’explique en grande partie par « le manque de capacité hospitalière et la pénurie de personnel ». La Dre Morris souligne que les « primes COVID » offertes jusqu’à tout récemment aux travailleurs de la santé ont été retirées, ce qui « pourrait compliquer encore plus la situation », surtout avec l’arrivée de l’été, période déjà difficile en termes de personnel.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, ont dit être « conscient que l’été est une période où les enjeux de disponibilité du personnel, particulièrement pour les professionnels en soins infirmiers, sont exacerbés ». « Les établissements disposent de divers moyens afin d’assurer le maintien des soins et services auprès des usagers, tout en tentant de préserver le personnel des impacts de ces enjeux de main-d’œuvre », dit-on. Aucune mesure incitative particulière n’est pour l’instant envisagée pour l’été, dit le ministère, qui promet « d’assurer un suivi serré de la situation ».

Taux d’occupation dans certaines salles d’urgence vendredi

  • Hôtel-Dieu de Lévis : 151 %
  • Pierre Le Gardeur : 156 %
  • Centre hospitalier régional de Lanaudière : 164 %
  • Hôpital de Saint-Eustache : 166 %
  • Hôpital du Centre-de-la-Mauricie : 142 %
  • Centre hospitalier Anna-Laberge : 178 %
  • Hôtel-Dieu de Sorel : 165 %
  • CHUM : 147 %
  • HMR : 161 %
  • Hôpital Santa-Cabrini : 150 %
  • Hôpital de Verdun : 173 %
  • Hôpital Royal-Victoria ; 185 %
  • Hôpital de Papineau : 167 %

Source : MSSS, à 11 h 55