Les urgences pédiatriques débordent depuis des semaines à Montréal, alors que les parents peinent à voir un médecin autrement. Des urgentologues espèrent plus de ressources en première ligne et rappellent qu’il n’est pas toujours nécessaire de consulter quand un enfant est malade.

Publié le 19 mai
Frédérik-Xavier Duhamel
Frédérik-Xavier Duhamel La Presse

« Elle fait de la fièvre depuis trois, quatre jours, puis elle coule du nez, puis elle tousse », raconte Frédérick, un jeune père de famille rencontré au CHU Sainte-Justine, à Montréal. « On n’est pas capables d’avoir de rendez-vous avec notre docteur, fait qu’on est venus à l’urgence. »

Frédérick et sa conjointe, Justine, risquent d’attendre longtemps avec leur bébé. « Il y a des temps d’attente monstres pour les patients les moins malades », prévient le DAntonio D’Angelo, chef de département aux urgences de Sainte-Justine. « Ils attendent des 14, 16 heures. J’ai même des patients qui ont attendu 22 heures pour voir un médecin, ce n’est pas du tout humain. »

En ce moment et depuis des semaines, l’achalandage au CHU Sainte-Justine est beaucoup plus élevé que la normale à pareille date. « Notre moyenne est à peu près à 290 patients [par jour], donc on voit qu’il y a certains jours où c’est 330, 340 patients », détaille le DD’Angelo, alors que la moyenne tourne autour de 220 normalement. « C’est des volumes qui sont délétères pour nous. »

Hôpital de Montréal pour enfants

Même son de cloche à l’Hôpital de Montréal pour enfants. « C’est vraiment occupé », dit l’urgentologue Harley Eisman. « D’habitude à la mi-mai, on voit à peu près de 180 à 200 patients par jour, et présentement il y en a de 280 jusqu’à 300 qui s’enregistrent par jour, des fois plus. »

Selon ces spécialistes, la situation s’explique notamment par l’abondance des virus en circulation actuellement et le retour du beau temps, qui fait que les enfants vont jouer dehors et se blessent. Ils rappellent à cet effet que, si les bébés de moins de 3 mois qui ont de la fièvre doivent voir un médecin rapidement, les enfants plus âgés n’ont pas nécessairement besoin d’une consultation.

Mais la détérioration de l’accès aux services de première ligne entre également dans l’équation, selon eux.

Service Un appel, un rendez-vous !

Le service téléphonique Un appel, un rendez-vous !, mis sur pied en septembre, a été interrompu le 31 mars. L’initiative du Département régional de médecine générale (DRMG) de Montréal permettait aux familles d’obtenir rapidement un rendez-vous médical sans aller aux urgences.

« La réduction de l’accessibilité de la première ligne a fait en sorte que les patients n’ont plus beaucoup d’options », déplore le DD’Angelo, de sorte que beaucoup de patients souffrant par exemple de la grippe viennent « embourber » les urgences pédiatriques. Il réclame plus de plages horaires en première ligne, dans les groupes de médecine familiale (GMF) et les cliniques sans rendez-vous, y compris les soirs et les fins de semaine. « Je pense que c’est critique que ces services-là soient offerts en tout temps », soutient-il.

Interrogé sur la pertinence de débrancher la ligne Un appel, un rendez-vous !, le DRMG souligne qu’il s’agissait d’une mesure temporaire liée à la pandémie de COVID-19, et qu’elle pourrait être de nouveau accessible « si la situation devait l’exiger ». Il pointe en attendant vers la plateforme Rendez-vous santé Québec et la ligne Info-Santé 811.

« Le DRMG a sollicité les CIUSSS [de Montréal] à la demande de Sainte-Justine pour voir ce qui pourrait être mis en place pour favoriser l’accès à la clientèle 0 à 17 ans », ajoute Sébastien Blin, de la Direction régionale de l’accès aux services médicaux de première ligne du DRMG. Il attend un retour ce vendredi.