Pourquoi Haïti – qui, après la France, est le pays d’où provient le plus grand nombre d’infirmières hors Québec – est-il exclu du plus récent programme de recrutement à l’étranger ? Ne s’expliquant pas que le français et la formation des candidates dans leur pays d’origine semblent soudainement poser problème, des infirmières haïtiennes d’ici demandent des réponses au gouvernement Legault.

Publié le 5 avril
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

En février, le ministre du Travail, Jean Boulet, annonçait que son gouvernement allait investir 65 millions sur 2 ans pour recruter et intégrer 1000 infirmières de l’étranger. Les pays ciblés pour la première phase sont l’Algérie, le Cameroun, le Maroc, la Tunisie et l’île Maurice. Dans des phases ultérieures du programme, le Québec visera la Côte d’Ivoire, le Liban, la République démocratique du Congo et le Sénégal.

Qu’est-ce qui explique l’exclusion d’Haïti, alors que les infirmières et préposés aux bénéficiaires originaires de ce pays sont si présents dans le réseau de la santé ? À cette question, Maude Méthot-Faniel, attachée de presse du ministre du Travail, répond que deux critères principaux ont guidé le choix des pays, soit le fait « qu’il s’agisse de pays francophones et que les formations offertes dans les systèmes éducatifs à l’étranger s’apparentent à celles du Québec, pour réduire la période de reconnaissance des compétences ».

Le cabinet de M. Boulet relève aussi que le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec « poursuit son travail d’identification des systèmes éducatifs comparables dans d’autres pays francophones pour les prochaines phases du projet. D’autres pays, comme Haïti, pourront s’ajouter une fois le travail d’identification complété ».

Allocation de 500 $ inaccessible

C’est aussi la réponse qui a été donnée au Ralliement des infirmières et infirmières auxiliaires haïtiennes de Montréal. Cela interpelle sa présidente, Maud Pierre-Pierre, qui s’étonne que la qualité de la formation soit remise en question maintenant, alors que les infirmières d’Haïti continuent d’arriver au Québec, d’être reconnues par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et d’être embauchées dans le réseau de la santé.

Si les infirmières haïtiennes arrivent quand même, où est le problème ? Le problème se trouve dans les conditions d’arrivée des infirmières. Les candidates sélectionnées dans le cadre du nouveau programme auront droit à une allocation de subsistance de 500 $ par semaine, le temps qu’elles terminent leur formation d’appoint prescrite par l’OIIQ. Les infirmières haïtiennes qui ne sont pas recrutées en vertu du nouveau programme n’ont pas ces 500 $.

Au surplus, « les personnes candidates pourront s’établir au Québec accompagnées de leur famille immédiate, c’est-à-dire leur(s) enfant(s) et leur conjoint, qui recevra un permis de travail ouvert », indiquent les documents du ministère du Travail.

Or, c’est la plupart du temps seules et sans autre aide que celle d’un proche parent qui les parraine et les héberge que les infirmières d’Haïti arrivent ici, fait remarquer Mme Pierre-Pierre.

Le sujet a été traité dans le journal In texto jounal nou, un mensuel de la communauté haïtienne d’ici, et il a été illustré par une photo montrant le premier ministre François Legault se faire vacciner par Régine Laurent, une infirmière native d’Haïti.

Une façon de faire questionnée

Comparativement à bien d’autres pays, Haïti « se situe près du Québec et on y parle le français. On aurait cru qu’Haïti aurait automatiquement fait partie du nouveau programme », relève Édith Comeau-Georges, infirmière à la retraite elle aussi originaire de ce pays.

Au cabinet du ministre du Travail, on nous a souligné que la France et la Belgique, d’où sont issues de nombreuses infirmières qui exercent ici, ne font pas davantage partie de ce dernier programme. Maud Pierre-Pierre rétorque à cela que « ces pays ont déjà des ententes particulières avec le gouvernement ».

Julie Bouchard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), s’explique mal la façon de procéder du gouvernement. « Peu importe d’où proviennent les candidates, elles doivent à leur arrivée être évaluées et une mise à jour de leurs compétences est faite. […] Je ne sais pas pourquoi les dossiers ne sont pas étudiés à leur mérite de façon individuelle plutôt que par nationalité. »

À l’OIIQ, Marilaine Bolduc-Jacob, conseillère principale aux relations publiques, indique que le recrutement de 1000 infirmières de l’étranger « est un projet auquel nous collaborons. Le choix des pays visés par le recrutement a été fait par le gouvernement du Québec ».

Chiffres à l’appui, l’OIIQ confirme qu’Haïti est le pays, après la France, d’où provient le plus grand nombre d’infirmières et d’infirmiers diplômés hors Québec.

« La plupart des infirmières et infirmiers diplômés d’Haïti qui complètent une demande de reconnaissance de l’équivalence de leur formation obtiennent un permis d’exercice de l’OIIQ », précise aussi Mme Bolduc-Jacob.

En savoir plus

  • 563
    Nombre d’infirmières et d’infirmiers d’origine haïtienne inscrits à l’OIIQ
    plus récent portrait de l’effectif infirmier, 31 mars 2021