(Ottawa) Les grands syndicats de la santé et le Bloc québécois réclament un sommet public sur le financement des soins. Il est « urgent » que le gouvernement fédéral augmente sa contribution de 22 à 35 % sans condition, comme le demandent les provinces. Le ministre Jean-Yves Duclos répète qu’il veut être leur allié.

Mis à jour le 4 avril
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

« Pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de réponses favorables à ça », a reconnu le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, en conférence de presse lundi. Le Bloc québécois en avait déjà demandé en décembre l’organisation d’un tel sommet.

Il a l’appui des représentants de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec (AMHOQ) et la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

« Les moyens ne sont pas au rendez-vous, c’est pour ça qu’on se joint à ce mouvement-là aujourd’hui pour demander une augmentation du financement pour qu’on puisse enfin régler des problèmes dans le réseau depuis plusieurs années », a affirmé le président de l’APTS, Robert Comeau, qui représente 65 000 techniciens de la santé. Des sommes supplémentaires permettraient, selon lui, d’attirer et de retenir davantage de travailleurs dans le réseau de même que d’atteindre les objectifs du plan de refondation du système de la santé du ministre Christian Dubé.

M. Blanchet s’est ensuite attaqué aux conditions qu’Ottawa voudrait associer à une éventuelle augmentation des transferts en santé. Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a récemment annoncé une somme de deux milliards pour les aider à réduire la liste d’attente en chirurgie qui s’est allongée durant la pandémie. La part du Québec s’élève à 450 millions.

Le gouvernement fédéral n’a pas à imposer de conditions dans un champ de compétence qui relève des provinces, a fait valoir le chef bloquiste. Le président de la FMOQ, Marc-André Amyot a abondé dans le même sens.

« Il y a certaines des priorités de M. Duclos qui sont intéressantes, mais encore une fois c’est une forme d’ingérence dans une compétence provinciale et laissons aux gouvernements provinciaux le soin de gérer ces priorités », a-t-il dit.

Lors de son annonce, le ministre Duclos avait plutôt fait valoir qu’il s’agit de « domaines de priorités sur lesquels tout le monde s’entend ».

« La pandémie a considérablement affaibli le système de la santé à l’échelle du pays », a-t-il indiqué dans une déclaration écrite lundi. Elle a aussi mené, selon lui, à « une période historique » de collaboration entre les gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral qu’il entend poursuivre. « Nous avons la responsabilité partagée de continuer à travailler ensemble pour protéger la santé de tous les Canadiens », a-t-il rappelé.

Dans les faits, Ottawa n’a pas vraiment de moyens pour vérifier si cet argent servira bel et bien à diminuer l’attente pour les interventions chirurgicales.

Une augmentation des transferts en santé de 22 % à 35 % équivaut à 28 milliards supplémentaires à l’échelle du pays. Or, une source fédérale qui n’était pas autorisée à parler publiquement, a rappelé qu’au terme de la première entente sur le financement de la santé en 1977, le gouvernement fédéral avait réduit ses taux d’imposition pour que les provinces et les territoires augmentent les leurs d’un montant équivalent pour compléter la somme des transferts en santé.

Les libéraux et les néo-démocrates ont conclu une entente en mars pour que le gouvernement de Justin Trudeau puisse gouverner comme s’il détenait une majorité de sièges à la Chambre des communes. Les deux partis avaient fait plusieurs promesses en santé durant la campagne électorale qui empiétaient sur les compétences des provinces.

« Est-ce qu’on a besoin d’une autre consultation pour se rendre à l’évidence que le système de santé public est sous-financé, a demandé en entrevue le député néo-démocrate, Alexandre Boulerice. Je trouve que ce n’est pas exiger grand-chose du gouvernement libéral. »

Le NPD demande une augmentation stable et permanente des transferts en santé. Il avait promis en campagne électorale de mettre fin à la gestion privée des centres de soins de longue durée où des aînés sont morts dans des « conditions de misère » durant la pandémie.

« Notre travail est de dire “qu’est-ce qu’on peut faire pour régler la question”, a soutenu M. Boulerice. Il a fait référence au principe d’universalité au cœur de la Loi canadienne sur la santé.