Pour les femmes qui veulent faire enlever leur stérilet, c’est la croix et la bannière. L’accès aux médecins, notamment à Montréal, est si difficile que des femmes ont commencé à le retirer elles-mêmes, parfois avec l’aide de tutoriels offerts sur l’internet.

Publié le 7 mars
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

En septembre, Maude Plourde-Desjardins est passée chez sa médecin parce qu’elle ne voulait plus de son stérilet. En raison de douleurs au ventre, mais aussi parce qu’elle est de plus en plus soucieuse de tout ce qui a trait à sa santé.

Sa médecin, dit-elle, a refusé net. Car son idée de s’en remettre au condom comme moyen de contraception n’était pas judicieuse, à son avis. Elle lui a donc laissé son stérilet et lui a remis une ordonnance pour des médicaments antidouleurs.

Dans le bureau du médecin, on doit argumenter pour faire ce que nous voulons de notre corps !

Maude Plourde-Desjardins, qui a retiré elle-même son stérilet

Le temps a passé et, il y a quelques semaines, Mme Plourde-Desjardins a appelé dans une quinzaine de cliniques et de CLSC dans l’espoir de trouver un médecin qui consentirait à lui retirer son stérilet, poursuit-elle. Et vain. « Aucun n’était en mesure de me prendre comme patiente, soit parce qu’ils n’offrent pas le seul service de retrait [ils offrent uniquement la pose ou le remplacement], soit parce que ce service a été coupé en raison de la situation de la COVID-19, soit parce qu’ils ne prennent que leurs patients. »

Ne lui restait, dit-elle, que l’option de s’en remettre au privé, ce avec quoi elle n’est pas d’accord.

Elle s’est donc mise à faire des recherches sur l’internet et elle a trouvé des vidéos de femmes, notamment aux États-Unis et en France, qui enlevaient elles-mêmes leur stérilet.

Il y a quelques jours, elle est allée de l’avant, ce qui, raconte-t-elle, s’est fait sans douleur.

Dans Urbania, déjà en 2018, la journaliste Marianne Desautels-Marissal avait raconté sa propre expérience. Vive le stérilet en cuivre pour son efficacité en matière de contraception, mais elle n’en pouvait plus des crampes et des menstruations abondantes qui lui faisaient redouter l’anémie. Elle avait donc elle-même retiré son stérilet, sans difficulté.

Une pratique déconseillée

La Dre Martine Bernard, obstétricienne-gynécologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont et secrétaire de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, est bien au fait des problèmes d’accès en général, qu’elle déplore. Elle se dit interpellée par le fait que des femmes en arrivent à se faire en quelque sorte leur propre médecine.

Ignorant le phénomène des tutoriels en circulation sur le web, elle met en garde les femmes qui seraient tentées de faire cela à la maison, avec les moyens du bord.

Ça m’inquiète, ne serait-ce que parce que ce n’est pas hyper stérile.

La Dre Martine Bernard, obstétricienne-gynécologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

Les infirmières praticiennes – que l’on trouve notamment dans les groupes de médecin de famille – peuvent aussi enlever les stérilets. Mais encore faut-il avoir accès à de telles cliniques.

La Dre Bernard estime que les médecins qui installent un stérilet doivent en quelque sorte offrir le service après-vente et accepter aussi de le retirer. Il est vrai, souligne-t-elle, que le condom n’est pas le moyen de contraception le plus efficace, mais une fois que ç’a été souligné à une patiente, « ce n’est pas à [eux] de prendre une décision à sa place ».

Une approche « maternaliste ou paternaliste » face aux patientes n’a pas lieu d’être.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, Marjorie Larouche, du service des affaires publiques, souligne que le Ministère ne recommande pas lui non plus le retrait d’un stérilet par soi-même. « Les risques de blessures sont importants », souligne-t-elle.

Mme Larouche explique que les demandes de services spécialisés en gynécologie en lien avec la contraception « ont effectivement été affectées par la pandémie ». Du retard a été accumulé dans la prise en charge des demandes de consultation en services spécialisés, et ce, dans tous les secteurs.

« Les équipes de gynécologie travaillent à récupérer les retards, en collaboration avec les associations professionnelles et l’ensemble du réseau de la santé. »