Au moment où le Québec tente de rattraper ses retards en chirurgie, une pénurie de préposés au retraitement des dispositifs médicaux (PRDM) touche plusieurs hôpitaux de la province, ce qui complexifie davantage la reprise.

Publié le 2 mars
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Déjà à l’automne 2021, « environ 7 établissements avaient signifié que la disponibilité des PRDM était sensible », confirme le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Ces travailleurs ont le mandat de stériliser divers appareils et instruments utilisés dans les hôpitaux, entre autres.

« On est dans une phase de rattrapage des retards en chirurgie. Même si on a le nombre suffisant d’infirmières et de médecins, si on n’arrive pas à retraiter tout le matériel, ça aura des impacts. Ça nous préoccupe grandement. Il y a une urgence à régler ça », dit la vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Josée Marcotte.

Plus de 159 000 patients se trouvent actuellement sur une liste d’attente pour subir une opération au Québec. Président de l’Association d’orthopédie du Québec, le DJean-François Joncas estime que chaque personne travaillant en milieu hospitalier est importante pour assurer la reprise. Il explique que « manquer de personnel ou d’instruments peut créer des délais ».

Profession en péril

Selon Mme Marcotte, il est de plus en plus difficile de recruter et de retenir les PRDM dans le réseau. Ceux-ci débutent avec un salaire de 21 $ l’heure et leur plafond salarial est atteint à 22,42 $ l’heure. « Pour plusieurs, ça peut être plus payant d’aller travailler dans un Tim Hortons. Beaucoup désertent en ce moment […], dit-elle. Ce sont des travailleuses de l’ombre. Sans elles, on ne peut pas faire fonctionner l’hôpital. »

Mme Marcotte souligne qu’avec la pandémie, le rôle des PRDM a été plus important que jamais, alors que ceux-ci devaient « décontaminer, désinfecter et stériliser tout le matériel infecté par la COVID ».

Chantal Beauchamp travaille comme PRDM dans la grande région de Montréal. Elle explique qu’avant de se retrouver entre les mains d’un chirurgien, un instrument doit être traité. « Ce n’est pas simple comme de tremper ça dans l’alcool et tout est fait. Il faut décontaminer [les instruments] avec différentes techniques, vérifier leur intégrité… », explique-t-elle.

Mme Beauchamp affirme que la profession est de plus en plus complexe.

Autant les pratiques, les normes, les entretiens à faire sur des appareils, la façon de remplir les systèmes de traçabilité. Tout est beaucoup plus compliqué et on a beaucoup plus de responsabilités. Les appareils sont plus coûteux à l’achat et à la réparation. Des millions de dollars passent entre nos mains.

Chantal Beauchamp, PRDM dans la grande région de Montréal

Mme Marcotte déplore que le gouvernement exclue les PRDM du dossier de l’équité salariale et « ne considère pas que l’emploi ait changé » depuis 2001, alors que « leur charge augmente sans cesse ». Jeudi, certaines PRDM se sont déplacées à l’Assemblée nationale pour manifester leur mécontentement dans ce dossier.

Un service confié à l’externe

Au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), on a dû se résigner dernièrement à sous-traiter une partie du service de retraitement des dispositifs médicaux à l’externe pour une durée temporaire.

Dans un document obtenu par La Presse, le CHUM dit rencontrer « actuellement des défis de capacité de traitement du volume quotidien de dispositifs médicaux à retraiter en raison d’enjeux majeurs à trouver de la main-d’œuvre et la rétention qui génèrent un problème chronique qui peut conduire à un bris de service ».

Le PDG du CHUM, le DFabrice Brunet, explique que le service de retraitement des dispositifs médicaux devait au départ être entièrement confié à l’externe dans le nouveau CHUM. Mais durant la conception du nouvel hôpital, on a finalement décidé de procéder à la stérilisation à l’interne. Les espaces réservés pour cette unité se sont toutefois rapidement révélés trop petits. « On a commencé notre travail avec une unité de retraitement des dispositifs médicaux de taille insuffisante par rapport à l’ensemble des activités du CHUM », dit-il.

Alors que le bloc opératoire du CHUM roule à plein régime actuellement, les besoins en stérilisation sont grands, « mais notre capacité en ressources humaines et en espace physique est limitée », note le DBrunet.

Le CHUM veut donc profiter de la prochaine année pour réorganiser son unité. Du recrutement est aussi prévu.

Au MSSS, on dit être « au fait de la situation précaire au niveau de la disponibilité des ressources humaines » chez les PRDM. On ignore toutefois combien d’établissements doivent se tourner vers l’externe pour ce service et combien de PRDM manquent actuellement au Québec. Une table de travail a été mise en place entre le MSSS et les gestionnaires de neuf établissements « afin d’évaluer la situation et de formuler des recommandations concernant la formation des PRDM, les conditions de travail, l’amélioration continue des pratiques », indique le Ministère.