(Québec) Le tsunami Omicron n’a pas épargné la liste d’attente en chirurgie, qui s’est allongée de plus de 7500 noms en trois mois. Québec veut que les troupes « reprennent des forces » avant de présenter une mise à jour de son plan de rattrapage. Des associations de chirurgiens plaident pour accélérer le rythme dès le mois de mars et revoir les critères pour prioriser les patients en attente.

Publié le 16 février
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Selon le dernier bilan du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), daté du 29 janvier, 158 933 Québécois sont en attente de passer sous le bistouri. De ce nombre, 36 % patientent depuis plus de six mois, soit 57 102 personnes. Québec continue de s’éloigner des cibles qu’il a lui-même fixées pour reprendre le dessus.

En juin, le gouvernement Legault avait dans sa ligne de mire de ramener le nombre d’opérations en attente à 150 000 dès octobre 2021 et, surtout, de diminuer la liste de ceux qui attendent depuis plus de six mois à quelque 42 000 noms.

Mais Québec a raté sa cible avant même la cinquième vague de la pandémie. Au 9 octobre dernier, 151 352 patients étaient en attente, dont 52 512 depuis plus de six mois.

Alors que le réseau reprenait des forces à l’automne et entrevoyait une sortie de crise, nous avons été durement frappés par le variant Omicron. Avec des dizaines de milliers de travailleurs de la santé en moins, c’est évidemment venu bousculer nos plans de reprises de chirurgies.

Le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé

Québec ne nie pas qu’il devra mettre à jour son plan de rattrapage, mais le ministre Dubé veut d’abord « que le personnel de la santé reprenne des forces ». Une rencontre a eu lieu mardi soir entre le MSSS, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et plusieurs associations de spécialités chirurgicales pour discuter de ce plan de rattrapage.

Le MSSS confirme que la stratégie dévoilée en juin est maintenue, mais que les « différentes dates liées aux différents jalons » seront révisées au cours des prochaines semaines.

Réinvestissement de 400 millions

Le gouvernement a d’ailleurs annoncé mardi le réinvestissement de 400 millions dans la « reprise des activités post-COVID », dont les interventions chirurgicales délestées.

Ces sommes ont pu être dégagées par les travaux de l’Institut de pertinence des actes médicaux, créé dans la foulée de l’entente conclue entre le gouvernement et la FMSQ. Elles permettront de réaliser un volume additionnel d’opérations, estimé à 125 000, d’ici 2023-2024.

Dans son plan présenté en juin 2021, Québec se donnait deux ans pour rattraper les retards provoqués par la pandémie.

Pour un plan « réaliste »

L’Association québécoise de chirurgie (AQC) plaide pour sa part pour la reprise des activités de rattrapage dès le mois prochain. « C’est faisable si tout le monde est de retour au travail », a indiqué le président, le DMario Viens. « Dès le mois de mars, on pourrait se pencher sur un plan qui est réaliste, mais ce ne sera pas facile à définir. »

L’AQC estime que pour rattraper les retards, Québec doit maintenir les ententes conclues avec 25 cliniques médicales privées au-delà de la pandémie. Selon le DViens, on doit également « diversifier » les opérations et les patients qu’on y traite dans l’objectif d’augmenter leur capacité.

Ces ententes ont permis de minimiser le délestage au plus fort de la crise sanitaire. « Sans ces contrats, nous ferions 59 % des chirurgies au Québec, alors que nous en faisons 74 % à l’heure actuelle », a précisé le cabinet du ministre Dubé. La « majorité » de ces ententes sont d’une durée de deux ans.

Un « ménage » s’impose aussi dans la liste d’attente, estime le DViens. « Il ne faut pas que cet exercice soit sporadique. Ce processus [de ménage] doit être fait de façon régulière. Par exemple, le patient qui attend depuis deux ans, bien il faut se poser des questions, il faut revoir ce patient-là », indique le médecin.

Selon l’AQC, rallonger les heures des blocs opératoires doit être une solution « ultime » pour éviter d’épuiser encore plus le personnel de la santé. « On ne veut pas se retrouver dans une situation où l’absentéisme est élevé et qu’on revienne en arrière », ajoute le DViens, qui pratique au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

Revoir les priorités

Entre 25 % et 30 % des opérations en attente sont en orthopédie, spécialité « la plus touchée », selon le président de l’Association d’orthopédie du Québec, le DJean-François Joncas. Ce dernier indique que les blocs opératoires fonctionnent à « entre 50 % et 75 % de leur capacité » actuellement, selon les régions, en raison du manque de personnel.

Le DJoncas estime que la reprise des activités chirurgicales doit se faire de façon progressive, en fonction du personnel disponible.

Le recours au privé ne peut être trop étendu, sous peine de « cannibaliser le personnel du public. Et ça, ce n’est pas mieux… », dit-il.

Le DJoncas croit également qu’il faudrait revoir l’ordre de priorité établi pour éliminer la liste d’attente. Pas question, selon lui, de donner la priorité à un cas mineur d’orthopédie par rapport à un cas urgent de cancer, par exemple. Mais il y a certains cancers, notamment de la thyroïde et de la prostate, pour lesquels l’urgence peut être moins grande, explique-t-il.

Or, au Québec, tous ces cas doivent être opérés en 28 jours. « En Ontario, on a enlevé ce 28 jours […] Il y a peut-être un petit effort à faire de ce côté », dit le Dr Joncas, qui reconnaît que l’exercice sera difficile, puisque chaque spécialité prêchera pour ses patients.