(Ottawa) Les préoccupations concernant les problèmes de santé mentale des jeunes Canadiens sont devenues de plus en plus grandes au cours des deux dernières années de perturbations et de confinements répétés dus à la pandémie de COVID-19.

Publié le 30 janvier
Erika Ibrahim La Presse Canadienne

Mais des experts disent que nous n’avons pas les outils pour évaluer correctement le bilan de la pandémie sur la santé mentale des enfants. La création de normes sur la façon dont la santé mentale est mesurée pourrait aider à saisir l’ampleur du problème.

Santé des enfants Canada, un organisme national représentant des fournisseurs de soins de santé, a prévenu que les hôpitaux signalent un nombre plus élevé d’enfants admis pour tentatives de suicide, toxicomanie et troubles alimentaires complexes.

Les jeunes Canadiens ont contacté Jeunesse, J’écoute environ 4,6 millions de fois en 2020, contre 1,9 million en 2019, selon un rapport de l’organisme.

Keith Dobson, professeur de psychologie clinique à l’Université de Calgary, a expliqué que si certaines mesures telles que les hospitalisations et les contacts avec les médecins sont bien enregistrées, il n’existe pas d’outils de dépistage normalisés pour l’évaluation de la santé mentale dans le pays, et que même au sein du même système de soins de santé, différentes organisations utilisent souvent différents outils.

« Cela rend vraiment difficile de savoir quels sont les taux et comment les comparer d’un endroit à l’autre », a-t-il déclaré.

Paul-Émile Cloutier, président de SoinsSantéCAN, a fait valoir que les normes sont aussi importantes pour s’assurer que l’argent investi dans le système de santé va réellement l’améliorer.

Selon lui, les provinces et les territoires sont engagés dans une « approche décousue » des soins de santé mentale, où chaque province a une façon distincte non seulement de fournir ces services, mais aussi de collecter des données.

« Et une fois qu’elles ont ces données, elles ne les partagent pas avec d’autres provinces », a-t-il déploré.

Un seul outil

Le Pr Dobson a avancé qu’un outil déjà existant pourrait être utilisé comme norme pour évaluer la dépression : il s’agit du Patient Health Questionnaire, ce dernier étant un outil de diagnostic pour les troubles mentaux courants.

Le Dr Tyler Black, psychiatre pour enfants et adolescents à l’Université de la Colombie-Britannique et suicidologue, pense cependant que cet outil n’est pas adapté, car trop compliqué.

« Je préfère des données plus facilement interprétables auxquelles les enfants peuvent répondre un peu plus facilement », a-t-il expliqué.

M. Cloutier, de son côté, pense que la sélection de Carolyn Bennett au poste de ministre de la Santé mentale est un pas en avant important.

La ministre Bennett a déclaré dans une entrevue avec CTV News, diffusée le 18 janvier, que les transferts en santé mentale proposés par le gouvernement fédéral pourraient dépendre de la démonstration par les provinces que les normes sont respectées.

L’élaboration de normes de santé mentale est l’une des priorités énumérées dans la lettre de mandat de la ministre.

Son cabinet a déclaré dans un communiqué que le gouvernement avait alloué 45 millions dans le budget de l’année dernière pour élaborer des normes nationales pour les services de santé mentale.

Le cabinet n’a pas précisé si la ministre créerait des outils d’évaluation normalisés.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.