(Québec) Un CHSLD privé conventionné sur deux déplore ne pas avoir « tout le soutien nécessaire » des CIUSSS et CISSS pour affronter le tsunami Omicron. De plus, le tiers des établissements craignent de se retrouver en rupture de services d’ici les prochaines semaines, ce qui impliquerait que seuls les soins de base seraient prodigués aux résidants.

Publié le 13 janvier
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Ce sont là les constats révélés par l’Association des établissements privés conventionnés (AEPC), qui a sondé ses 59 établissements du 5 au 6 janvier. « Pour l’instant, la situation est sous contrôle, mais c’est certain qu’elle demeure fragile, même très fragile », indique la directrice générale de l’AEPC, Annick Lavoie.

Des CHSLD privés conventionnés ressentent des relents de la première vague alors que la moitié d’entre eux estiment ne pas pouvoir compter sur le soutien de leur établissement de santé régional. On note entre autres la « difficulté de commander des masques N95 » et l’incapacité de déployer des travailleurs de la santé en renfort.

Ce qui n’a pas changé, c’est le manque de collaboration avec certains CISSS et CIUSSS. J’ai l’impression qu’ils sont en mode compétition avec les établissements privés conventionnés [EPC] alors qu’on devrait être en mode collaboration.

Annick Lavoie, directrice générale de l’AEPC

Annick Lavoie avait affirmé en novembre dernier que les CHSLD privés conventionnés avaient été laissés pour compte pendant la pandémie lors de son passage devant la coroner Géhane Kamel, qui enquête sur les décès d’aînés survenus dans des milieux d’hébergement au printemps 2020.

Manque de soutien

Selon le coup de sonde de l’AEPC consulté par La Presse, 38 % des EPC disent recevoir du soutien de la part des CISSS et des CIUSSS, tandis que 49 % estiment que non ; 13 % ont refusé de répondre.

« Si on a besoin d’équipement de protection individuelle (EPI), bien ils vont nous passer en deuxième ou ils vont nous en donner un peu moins que la commande. Si on a besoin de personnel parce qu’on est en rupture […], ils ne vont pas nécessairement nous en envoyer, ils vont dire qu’ils n’en ont pas », illustre la directrice générale.

À noter que 92 % des EPC ont néanmoins déclaré détenir « suffisamment d’EPI ».

C’est de la responsabilité du réseau public d’approvisionner les établissements privés conventionnés en EPI.

Le manque de collaboration se reflète aussi sur le dépistage de la COVID-19, explique Mme Lavoie. Selon le sondage, le temps moyen d’attente pour un résultat d’un travailleur de la santé en EPC est de 24 à 72 heures, mais peut « aller jusqu’à cinq jours » depuis le 1er janvier.

« C’est long, c’est beaucoup trop long », argue-t-elle.

Encore des télécopieurs

Près de la moitié (47,4 %) des résultats des tests de dépistage sont envoyés par l’entremise du Dossier Santé Québec, alors que 32 % le sont encore par télécopieur, ce qui peut « générer une perte de temps pour le personnel et contribuer à allonger le délai pour la transmission et la communication des résultats », écrit-on. « On a encore des résultats qui nous arrivent par fax. C’est regrettable », lance Mme Lavoie.

« On fait partie du réseau [de la santé] et, normalement, on devrait avoir accès aussi rapidement que leurs propres employés », signale-t-elle. Certains EPC ont donc recours à des laboratoires privés pour accélérer le rythme. Des CHSLD considèrent ces délais comme « facteur aggravant » de la pénurie de main-d’œuvre.

Le tiers des EPC (33 %) craignent d’ailleurs de se retrouver en rupture de services dans les prochaines semaines, faute de personnel. « Ça veut dire qu’on va se concentrer uniquement sur les soins d’hygiène et de base […], donc faire la toilette des résidants, les nourrir et les hydrater », résume Mme Lavoie.

Il faut absolument améliorer la vitesse de dépistage, harmoniser les moyens de communication des résultats et offrir un meilleur accès aux volontaires de la plateforme « Je contribue », croit l’Association.

Collaboration « variable »

Selon l’AEPC, le niveau de collaboration offert par les établissements de santé est « variable » d’une région à l’autre.

Ce constat survient « malgré la volonté réitérée du gouvernement » d’établir une meilleure collaboration avec les EPC pour contrer la cinquième vague, écrit l’AEPC dans sa compilation des résultats du sondage.

De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) assure que des rencontres hebdomadaires ont lieu avec l’AEPC pour « connaître les enjeux rencontrés dans l’application des directives et intervenir au besoin ».

« En tout temps, lorsque des enjeux sont rencontrés, les partenaires privés peuvent contacter le MSSS pour une intervention immédiate auprès d’un établissement », écrit le Ministère dans un courriel.

Le MSSS rappelle par ailleurs que dans le contexte actuel, « il est plus difficile d’avoir du personnel dans plusieurs secteurs d’activités et que les établissements de santé doivent également jongler avec l’enjeu des ressources humaines. »

Environ 1100 travailleurs des EPC sont actuellement hors circuit parce qu’ils ont la COVID-19 ou parce qu’ils attendent un résultat sur un total de quelque 12 500 employés.

Comme Omicron est extrêmement contagieux, il y a beaucoup d’employés qui sont retirés et ça, ça fait mal.

Annick Lavoie, directrice générale de l’AEPC

Contrairement au début de la pandémie, les résidants qui contractent le virus sont beaucoup moins malades. Un effet attribuable à la vaccination, selon l’AEPC. Toujours selon ce même sondage, 94,7 % des résidants atteints de la COVID-19 n’ont pas présenté de « symptômes graves » de la maladie.

Les CHSLD privés conventionnés sont dirigés par des propriétaires-gestionnaires, mais ils détiennent un permis et sont subventionnés par le MSSS.

7000 

Nombre de lits d’hébergement des membres de l’Association des établissements privés conventionnés. C’est environ 20 % de l’offre d’hébergement au Québec.

Source : Association des établissements privés conventionnés