Devant la montée fulgurante des cas, la FSSS-CSN demande l’intervention de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNEEST) pour que tous les travailleurs du secteur de la santé, des services sociaux et des services de garde éducatifs soient dotés de masque de type N-95, que les femmes enceintes continuent d’être en retrait préventif et que les mouvements de personnel soient évités.

Mis à jour le 23 déc. 2021
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Le CIUSS du Centre-Sud de l’Île-de-Montréal a devancé le gouvernement Legault et a décidé de son propre chef de recommander le port du masque N95 en tout temps dans les urgences et en zones chaudes, lorsqu’on donne des soins à un patient de la COVID-19 et dans les unités en éclosion.

« Nous demandons aussi aux gestionnaires de garder une vigie sur la consommation de trois masques par employé par quart », peut-on lire.

La note interne souligne que la CNEEST recommande aussi de porter le N95 « lors des soins aux usagers qui ont eu un contact étroit COVID-19 dans les 14 derniers jours et lors des soins à un usager symptomatique en attendant le résultat de son test ».

Devant la montée fulgurante des cas, la FSSS-CSN réclame de façon générale l’intervention de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNEEST) pour que tous les travailleurs du secteur de la santé, des services sociaux et des services de garde éducatifs soient dotés de masques respiratoires de type N95, que toutes les femmes enceintes soient en retrait préventif et que les mouvements de personnel soient évités.

L’organisation demande que la CNEEST et le gouvernement tiennent compte « de la transmission aérienne de la COVID-19 et de l’incertitude reliée au variant Omicron ».

Par ailleurs, la CSN veut que les équipes de travail soient stabilisées et que les mouvements de personnel soient évités.

Nous nous attendons à du mouvement très rapidement de la part du ministère [de la Santé et des Services sociaux], qui ne doit pas faire de compromis avec la santé du personnel et veiller à l’application du principe de précaution.

Réjean Leclerc, président de la FSSS-CSN, par voie de communiqué.

En entrevue, M. Leclerc s’est dit très déçu que le gouvernement attende l’avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour statuer sur ces questions. Le gouvernement peut bien rechercher l’opinion de l’INSPQ, mais, rappelle M. Leclerc, dès lors qu’il est question de la santé des employés au travail, c’est la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNEEST) qui a [compétence] ».

M. Leclerc ne cache pas qu’il a des réserves sur les avis de l’INSPQ depuis qu’il a sous-estimé, à son avis, le risque de la contagion par les aérosols lors des vagues précédentes.

Il estime par ailleurs que les risques pour les soignants doivent être évalués par zones (chaudes, tièdes ou froides) plutôt que par types de soins prodigués.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux, on indique qu’un avis sur les équipements de protection pour les soignants « a été demandé à l’INSPQ. Nous sommes en attente, par la suite les experts de la santé publique pourront le consulter et émettre des recommandations ».

Des cas d’établissements (ou de médecins) qui auraient de leur propre chef décidé d’utiliser du matériel plus protecteur ont été rapportés à La Presse et à d’autres médias, même si leurs hautes directions ne l’ont pas recommandé pour le moment.

La CSN a également fait part « de ses vives inquiétudes » concernant le rappel éventuel au travail de personnes infectées, ainsi que concernant les actuelles difficultés à faire le traçage et le dépistage des cas.

« Rappeler au travail des personnes infectées à la COVID-19, c’est jouer avec le feu. On a vu ce que cela a donné lors des premières vagues. Cela met en danger non seulement les membres des équipes de travail, mais aussi la population », a soutenu M. Leclerc.

Pour ce qui est des femmes enceintes, la CSN réclame leur retrait préventif. Même en zone froide, c’est trop dangereux, insiste M. Leclerc. « On ne veut prendre aucun risque, surtout qu’un poupon de deux mois à peine est décédé [de la COVID-19, la semaine dernière] ».

« Le statu quo serait une erreur »

En entrevue, le DQuoc Nguyen, gériatre au CHUM, estime lui aussi qu’une mise à jour des consignes concernant les équipements de protection individuelle doit être faite extrêmement rapidement pour que le personnel soignant des urgences et des CHSLD porte soit des N95 (certes peu confortables, dit-il), des KN95 ou des KF94. « Le variant Omicron est nettement plus contagieux, on le voit au Québec comme on le voit en Europe. Le statu quo serait une erreur », dit-il.

« Il ne faut pas perdre de temps. Il faut être plus précautionneux que pas assez, d’autant qu’on craint les pénuries de personnel. »

Le DNguyen ajoute qu’il ne connaît pas l’état exact des stocks d’équipement de protection individuelle, mais qu’à sa connaissance, il ne semble pas en manquer.