(Québec) La protectrice du citoyen écorche le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans un rapport spécial sur l’accès à l’hébergement public des aînés. En plus de noter d’« importantes disparités régionales », elle indique que les pratiques des CISSS et des CIUSSS mènent à un « déni de droit » et à des « bouleversements inutiles » pour les aînés en recherche d’hébergement et leurs proches.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Les pratiques observées dans les établissements de santé de la province mènent à un « déni de droit » et à des « bouleversements inutiles » des aînés et de leurs proches dans leurs démarches pour avoir accès à un hébergement public, écrit la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, dans un rapport spécial publié mercredi.

Mme Rinfret conclut après enquête que le « droit de choisir son établissement de soins » pour une personne âgée « est régulièrement brimé ou retiré », tout comme celui d’être informé de « façon adéquate ». Elle note que les déménagements « forcés » et « précipités » en 24 heures « sont une cause récurrente de détresse » chez les aînés.

L’annulation d’une demande d’hébergement en cas de refus d’une place offerte « contrevient aux droits » des personnes âgées et que le « recours fréquent et prolongé à l’hébergement transitoire généralise une forme d’itinérance en fin de vie ».

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Marie Rinfret, protectrice du citoyen

Ces durs constats sont tirés du rapport spécial Pour un accès à l’hébergement public qui respecte les droits et les besoins des personnes âgées et de leurs proches. La protectrice du citoyen a entrepris en 2018 une enquête systémique sur les règles et les pratiques entourant l’accès à l’hébergement public. Elle a analysé les plaintes et les signalements faits de 2015 à 2019, en plus d’étudier les mécanismes d’accès des 22 CISSS et CIUSSS.

« Chaque année au Québec, 21 000 personnes âgées qui ne peuvent plus rester de façon sécuritaire à domicile se butent à un mécanisme d’accès à l’hébergement compliqué, source d’incompréhension, de longs délais d’attente et de découragement, conclut Mme Rinfret. Ces personnes, pour qui se joue une étape cruciale de leur vie, se retrouvent soudainement en plein désarroi, déracinées et forcées de déménager à toute vitesse dans un nouveau milieu qui n’est souvent pas celui qu’elles attendaient. »

Québec doit revoir la priorisation des demandes, alors que les « besoins socioaffectifs » d’une personne âgée « sont peu considérés ».

Selon Mme Rinfret, les ressources limitées du réseau ont créé une « voie rapide vers l’hébergement : l’hospitalisation », ce qui a eu pour effet de rallonger les listes d’attente pour les personnes à domicile.

Mme Rinfret recommande à Québec d’uniformiser les pratiques en matière d’accès à l’hébergement public. Elle note un « modèle à géométrie variable » selon la région et d’« importantes disparités régionales » dans les délais d’attente. Le MSSS doit dresser un portrait complet, alors que les établissements effectuent une « gestion inefficace des données » sur l’hébergement, dit-elle.

« Nous avons pris connaissance du rapport spécial et nous sommes d’accord avec plusieurs des recommandations. Bien avant la pandémie, nous étions déjà en action pour améliorer les pratiques en cours. La protectrice a mis en lumière ces besoins et nous agissons en ce sens », a brièvement commenté la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, sur Twitter.

La ministre n’était pas disponible pour une entrevue, jeudi.

Ce rapport survient alors que le gouvernement Legault mise sur la construction des Maisons des aînés pour améliorer l’offre d’hébergement des personnes âgées. « Alors que le Québec s’apprête à transformer les milieux d’hébergement […], toute l’attention doit être mise sur la réponse aux enjeux soulevés dans ce rapport », écrit Mme Rinfret.