La moitié des Canadiens qui attendaient de se faire remplacer un genou ou une hanche durant les premiers mois de la pandémie n’ont pas obtenu leur opération dans les délais recommandés. Il s’agit d’une hausse de 20 % des cas en retard par rapport à 2019, révèlent de nouvelles données publiées ce mardi par l’Institut canadien d’information en santé (ICIS).

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Les données récoltées auprès de toutes les provinces canadiennes, y compris le Québec, montrent que si l’attente pour les interventions comme la radiothérapie ou les opérations urgentes de la hanche n’a pas réellement augmenté dans les premiers mois de la pandémie en 2020, celle pour certaines interventions non urgentes, comme des opérations au genou, à la hanche et pour des cataractes, a augmenté.

Pour son analyse, l’ICIS a étudié les données d’attente récoltées entre avril et septembre 2020 et les a comparées à celles compilées durant la même période en 2019.

« En 2020, la pandémie de COVID-19 a causé l’annulation, le retard ou la modification de nombreux services de soins de santé », constate l’ICIS.

Gestionnaire des analyses des systèmes de santé à l’ICIS, Christina Lawand indique que l’impact de la pandémie s’est surtout fait sentir du côté des opérations non urgentes, où les temps d’attente ont augmenté « de façon substantielle ».

Les délais prescrits pour obtenir un remplacement de la hanche ou du genou sont de 182 jours. Pour une opération de la cataracte, ce délai est de 112 jours.

Bombe à retardement du côté des cancers

Le nombre d’interventions chirurgicales liées au cancer a diminué d’environ un cinquième dans les premiers mois de la pandémie par rapport à l’année précédente. Ceux qui sont passés sous le bistouri ont toutefois attendu deux ou trois jours de moins que l’an passé. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. Notamment le fait que les cas de cancers étaient parmi les rares opérations qui ont continué d’être réalisées pendant la pandémie. Mais Mme Lawand souligne aussi que le dépistage a tourné au ralenti. « Peut-être qu’il y a eu une diminution de la demande parce qu’on a fait moins d’examens diagnostiques, dit-elle. C’est peut-être ce qui est inquiétant à la longue. Et c’est pour ça qu’il faudra suivre les données. Car même si on a opéré les cas de cancers dans les temps voulus, y a-t-il des gens derrière ça qui n’ont pas obtenu leur diagnostic tout simplement ? »

La semaine dernière, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a présenté son plan de reprise pour les activités chirurgicales au Québec. La province se donne jusqu’en 2023 pour rattraper les retards causés par la pandémie. Actuellement, 145 000 personnes sont sur une liste d’attente au Québec pour différents types d’intervention. Québec souhaite à terme réduire le délai d’attente à six mois ou moins pour toutes les opérations non urgentes.

« Il faudra du temps avant de comprendre comment les interruptions dans les systèmes et les retards attribuables aux patients ont influé sur la santé des Canadiens », indique l’ICIS dans son rapport.