Des centaines de patientes suivies à la clinique de fertilité OriginElle s’inquiètent de la fermeture probable de l’établissement. La clinique a reçu une lettre d’intention du ministère de la Santé à la fin de mai annonçant qu’un permis d’exploitation de centre de procréation assistée ne lui serait pas accordé pour des raisons « d’intérêt public ».

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

La clinique OriginElle, qui traite environ 1000 patientes, est maintenant invitée à « formuler ses observations et acheminer les documents supplémentaires pour compléter son dossier avant qu’une décision finale ne soit rendue », indique-t-on au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Fondée en 2010, la clinique OriginElle est dirigée par le DSeang Lin Tan, qui a été, de 1994 à 2010, directeur de la clinique de fertilité du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Depuis 2014, la clinique OriginElle n’avait plus de permis d’activités de procréation assistée, car le CUSM avait mis fin à l’entente qui permettait à la clinique OriginElle d’y transférer ses dossiers problématiques. Pour pouvoir obtenir un permis de centre de procréation assistée au Québec, il faut détenir ce genre d’entente avec un hôpital.

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Le Dr Seang Lin Tan, en 2013

Derrière ce refus du CUSM à l’époque se déroulait en toile de fond une bataille judiciaire entre le DTan et l’hôpital. Bataille qui s’est conclue en 2019.

Lisez notre article sur la bataille judiciaire

Même sans permis d’activités de procréation assistée, la clinique OriginElle continuait tout de même de fonctionner. Les médecins d’OriginElle effectuaient les consultations et les échographies préalables à la fécondation in vitro, mais les traitements se faisaient chez Procrea, un centre de procréation assistée de Montréal. Un procédé légal. Or, plus tôt cette année, la clinique Procrea a fusionnée avec la clinique Ovo.

Devant ce changement, la clinique OriginElle a formulé une demande de permis au MSSS pour l’exploitation d’un centre de procréation assistée (CPA). Dans une lettre envoyée le 25 mai à la clinique, le MSSS écrit qu’« il appert que l’offre de services en procréation médicalement assistée est suffisante dans la région de Montréal » et qu’il a donc « l’intention de refuser [la] demande de permis pour l’opération d’un CPA ».

Incompréhension

Avocate de la clinique OriginElle, MLyanne Winikoff s’explique mal cette décision. Elle assure que la demande présentée par OriginElle respectait « toutes les exigences prévues par la loi ». MWinikoff précise qu’un contrat de service était signé avec un centre hospitalier « assez grand pour servir les patientes ». Le nom de cet hôpital est confidentiel, mais « avec ça, on était confiant d’avoir le permis », dit-elle.

L’avocate remet en question l’argument voulant qu’il y ait déjà suffisamment de cliniques de procréation assistée à Montréal. « OriginElle n’est pas nouveau. Elle opérait depuis longtemps à Montréal », dit-elle.

MWinikoff met de l’avant le fait que le DTan est réputé dans sa spécialité et que la plupart de ses patientes « viennent par référence parce que leurs traitements n’ont pas réussi ailleurs ». Le DTan soignait entre autres des patientes plus âgées.

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L’animatrice Julie Snyder

Elle-même ancienne patiente du DTan, l’animatrice Julie Snyder déplore la fermeture annoncée de la clinique OriginElle. L’animatrice avait dû se tourner vers des traitements de fertilité pour concevoir son deuxième enfant. Elle s’était retrouvée sous les soins du DTan après avoir essayé de multiples cliniques de fertilité du Québec et ailleurs dans le monde. « Malgré tous mes échecs, c’est avec le DTan que je suis tombée enceinte », raconte-t-elle.

Pour Mme Snyder, en fermant la clinique OriginElle, « les femmes du Québec vont être privées d’un des plus grands fertologues de la planète ». « On va priver des patientes de ça ? Je n’ai jamais vu ça », dit-elle.

L’infertilité touche environ un couple sur six au Québec.

Mme Snyder s’inquiète particulièrement du « stress énorme » pour les patientes actuellement suivies par le DTan qui auront à recommencer le processus ailleurs. Un avis partagé par la présidente de l’Association infertilité Québec, Céline Braun : « Les patientes qui perdent leur clinique n’ont pas besoin de ça. Le patient doit pouvoir continuer de choisir par qui il veut être traité. »

Si la clinique OriginElle de Montréal se voit refuser son permis, les patientes qui voudront continuer d’être suivies par le DTan devront se rendre à la succursale OriginElle d’Ottawa. Invité à commenter, le DTan a indiqué par écrit que son équipe « continuera de poursuivre le processus avec le ministère de la Santé pour s’assurer [qu’elle puisse] continuer à traiter tous [ses] patients ici au Québec ».

Au MSSS, on indique que les services actuellement offerts à la clinique OriginElle « peuvent toujours être exercés, et ce, jusqu’au 11 mars 2022 », soit le délai prescrit dans la nouvelle Loi modifiant diverses dispositions en matière de procréation assistée, adoptée en mars dernier. « À cette date, la clinique devra être titulaire d’un permis de centre de procréation assistée qui concorde avec ses activités », indique la porte-parole Noémie Vanheuverzwijn.