(Montréal) La présidente de la FIQ, Nancy Bédard, dit comprendre le découragement des gens qui voient que la reprise des chirurgies s’étalera jusqu’en mars 2023, mais elle rappelle qu’il manque d’infirmières, que celles qui sont en poste étaient déjà épuisées avant la pandémie et qu’elles ont vu leurs vacances amputées l’été dernier.

Lia Lévesque La Presse Canadienne

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, la présidente de la FIQ a dit comprendre la pression et la gravité de la situation.

« Je comprends cette pression-là. Je suis une citoyenne ; j’ai une famille ; j’ai des gens aussi qui sont en attente d’opération. Mais ce qu’on veut, c’est que les gens qui sont opérés soient sécurisés par des soins de qualité et sécuritaires. Je comprends cette pression, mais ça ne peut pas être fait au détriment de la qualité et de la sécurité. Et là, on est dans une zone de jamais vu », a confié Nancy Bédard.

Jeudi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a annoncé qu’il se donnait jusqu’à mars 2023 pour réduire la liste d’attente en chirurgie. Il veut la faire passer de 150 000 à 100 000, afin de revenir au niveau d’avant la pandémie de la COVID-19.

« Le prix à payer de ça, je le comprends très bien et je trouve ça hyper triste. Je l’ai vu arriver, ça fait des années. On le savait qu’on allait frapper le mur. Ce sont les décisions et le laxisme et les décisions politiques qui ont créé cette situation-là. Il n’y a plus assez de professionnelles en soins, actuellement au Québec, pour donner 100 % des soins et services auxquels la population a droit. Donc, il faut reconstruire ; il va falloir ralentir, le faire plus tranquillement », a-t-elle poursuivi.

La dirigeante syndicale tient elle aussi à ce que le Québec rattrape le retard des chirurgies engendré par la COVID-19, mais insiste sur le fait que cela doit se faire en tenant compte du nombre de professionnelles en soins disponibles et également des heures supplémentaires et de leur santé physique et mentale.

« Je ne crois pas que 100 % des services et 100 % des blocs opératoires vont être capables de rouvrir au Québec en septembre. Ça va être trop tôt et on n’a pas assez de professionnelles en soins. On en a perdu 4000 depuis un an. Imaginez ! » lance la présidente de la FIQ nouvellement réélue.

Et même avant ces 4000 départs, « on était déjà à la limite : les sit-in, la surcharge de travail, le TS, le TSO (temps supplémentaire obligatoire). La machine roulait sans égard et sans bienveillance à l’égard de la capacité des professionnelles en soins de pouvoir suivre », déplore Mme Bédard.

Des équipes de soins étaient parfois réduites de moitié, faute d’infirmières pour remplacer les absentes. Et celles qui restaient en poste se sont épuisées.

Le ministre Dubé a donné le mandat à la sous-ministre Lucie Opatrny de mener des discussions avec les acteurs du réseau de la santé pour élaborer un plan d’action pour rattraper ce retard dans les chirurgies.

Mme Bédard a été invitée à participer à cette table de travail et elle compte bien y participer activement.

« Je serai là pour m’assurer que ce plan soit en adéquation avec la capacité des hôpitaux, avec le nombre de professionnelles en soins qu’ils ont, que ce ne soit pas avec plus de temps supplémentaire et que ça ne se fasse pas sur leurs épaules », a-t-elle conclu.