Papier peint qui se détache. Murs avec des trous. Fenêtres sales. Depuis le début de la pandémie, des patients en soins palliatifs écoulent leurs derniers jours dans un hôtel peu invitant aux abords de l’autoroute 15 à Laval. Une situation temporaire dénoncée par les familles des patients et des employés, qui ont demandé à changer de lieu de travail.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

« Quand je suis arrivée, j’ai lavé les fenêtres avec une lingette tellement c’était sale […] On a voulu apporter un peu de décoration de la maison. Mais on ne peut pas à cause de la COVID », témoigne Mélissa De Forte, dont la grand-mère de 92 ans atteinte d’un cancer occupe actuellement une chambre dans cet hôtel. La dame doit partager sa salle de bains avec un autre patient en fin de vie.

PHOTO JESSICA GARNEAU, LA TRIBUNE

Mélissa De Forte

Je m’en fous de l’année dont date la décoration. La tapisserie est déchirée. La peinture est dégueulasse. Les prises de courant ne sont même pas conformes et sont dangereuses…

Mélissa De Forte, petite-fille d’une patiente

Mme De Forte n’a que de bons mots pour les préposés aux bénéficiaires, les infirmières et les médecins qui s’occupent de sa grand-mère. « Ils sont super gentils. Mais ils travaillent dans un milieu qui n’a pas d’allure », dit-elle.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

L’unité de soins palliatifs de la Cité-de-la-Santé a été déplacée temporairement dans un hôtel de Laval.

Déménagement temporaire

Judith Goudreau, porte-parole du CISSS de Laval, explique que dès le début de la pandémie, l’unité de soins palliatifs de la Cité-de-la-Santé a été déplacée à l’hôtel Quality Suites, loué en entier par le CISSS.

Les espaces libérés à l’hôpital ont permis d’accueillir des patients atteints de la COVID-19. Mme Goudreau rappelle qu’il s’agit d’une mesure « temporaire ». Il est aussi prévu que les fenêtres de l’hôtel seront lavées dès cette semaine.

Dereck Cyr, vice-président du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (CSQ), reconnaît que le milieu de vie n’est pas très beau à l’hôtel. « C’est un hôtel qui a besoin d’être strippé », dit-il. M. Cyr estime que le décor est un peu « celui d’un film des années 1970 ».

Le matériel est là. Il ne manque de rien. Les soins peuvent être donnés. Mais c’est sûr que ce n’est pas beau pour les gens. Les lieux sont désuets. Il y a beaucoup de vieux tapis.

Dereck Cyr, vice-président du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE D’UNE PATIENTE

L’unité de soins palliatifs de la Cité-de-la-Santé a été déplacée temporairement dans un hôtel de Laval.

Jean-François Houle, vice-président du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CISSS de Laval (CSN), indique que plusieurs travailleurs ont dénoncé au cours des derniers mois la vétusté des lieux de l’hôtel. « C’est pas un endroit agréable pour avoir des soins de fin de vie », dit-il. Certains travailleurs de CHSLD qui avaient été délestés à l’hôtel ont même demandé de retourner en CHSLD « parce qu’ils trouvaient que ce n’était pas adéquat comme lieu pour donner des soins », affirme-t-il.

M. Houle dit comprendre qu’avec la COVID-19, on ait voulu isoler ces patients et les équipes en les sortant de l’hôpital. Mais il déplore que ce qui devait être une mesure « temporaire » au départ s’éternise. « On pourrait trouver mieux », dit-il.

La Presse a tenté, sans succès, de joindre la direction de l’hôtel lavallois.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE D’UNE PATIENTE

L’unité de soins palliatifs de la Cité-de-la-Santé a été déplacée temporairement dans un hôtel de Laval.

Pas la bonne clientèle

Mme De Forte aurait souhaité que sa grand-mère finisse sa vie dans un environnement plus beau. Elle a écrit à la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, et au ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, pour dénoncer la situation.

Mme De Forte souligne que la vétusté des lieux ne l’aurait pas choquée si les espaces avaient accueilli des patients qui n’étaient pas en fin de vie. « Si je me faisais opérer à la hanche et que je restais là, je ne m’énerverais pas. Parce que je saurais que c’est temporaire. Mais si c’est mon dernier lieu où je vais résider dans la vie, c’est là que ça me choque… » Mme De Forte estime qu’on aurait dû installer une clientèle différente dans ces espaces.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE D’UNE PATIENTE

L’unité de soins palliatifs de la Cité-de-la-Santé a été déplacée temporairement dans un hôtel de Laval.

C’est une clientèle de gens qui vont mourir… C’est comme si tu profites des gens qui meurent. Tu dis : ce n’est pas grave, eux autres, ils vont mourir. Ils ne vont pas chialer. De toute façon, ils ne seront plus là dans quelques mois, dans quelques semaines… Ça, c’est ma perspective…

Mélissa De Forte, petite-fille d’une patiente

Mme De Forte souligne qu’elle et sa famille vivent aussi de la culpabilité liée au fait de laisser leur proche dans ces lieux. Ils ne peuvent l’accueillir à la maison pour des raisons médicales.

Mme Goudreau dit comprendre la position de la patiente, qui a été rencontrée par une gestionnaire. Il s’agit de la première plainte du genre formulée au CISSS. Mme Goudreau rappelle que la qualité des soins n’est pas en cause. « C’est une location. Et si les cas continuent de baisser, nous, à quelques jours de préavis, on peut quitter l’endroit. Dès que les usagers peuvent retourner à l’unité de soins palliatifs de l’hôpital, on y retourne », dit-elle.