À quelques semaines de l’ouverture de l’enquête publique sur la mort de Joyce Echaquan, le Collège des médecins du Québec (CMQ) reconnaît l’existence du racisme systémique dans le réseau de la santé de la province et signifie son appui au principe de Joyce.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Le président du CMQ, Mauril Gaudreault, et le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish, en ont fait l’annonce conjointement dans une lettre publiée dans La Presse. « Ensemble, reconnaissons ce qui doit l’être, dénonçons le racisme systémique, et posons des gestes qui appuieront cette posture et permettront de le combattre », ont écrit les deux signataires de la lettre.

La mort de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette en septembre dernier a été le catalyseur d’une préoccupation qui existait déjà parmi les médecins, affirme M. Gaudreault. « On a convenu qu’il était temps de poser des actions, dont celle-ci », dit-il.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins du Québec

Plus tôt cette année, il s’est assis avec Constant Awashish et le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa. « Je leur ai demandé : “Comment pouvons-nous aider ?” D’abord et avant tout, il fallait reconnaître le problème du racisme systémique. » De ce fait, le CMQ reconnaît aujourd’hui « un mal encore trop présent au sein de notre société, celui engendré par les iniquités dues à des barrières culturelles nourries de préjugés que subissent les Autochtones, et de manière plus large, nombre de personnes racisées ».

Pour M. Awashish, cette prise de position est un « grand pas » vers la justice. « Le Collège des médecins est un appui de taille. Je suis enchanté et je crois que les Autochtones seront choyés aussi », confie-t-il.

Le 10 mai prochain, les audiences publiques pour l’enquête de la coroner Me Géhane Kamel sur la mort de Joyce Echaquan débuteront au palais de justice de Joliette. Elle doit déterminer les circonstances et les causes de la mort et, peut-être, émettre des recommandations. Le grand chef de la nation atikamekw se dit impatient d’en voir les résultats : « On espère un dénouement positif pour la famille de Joyce et la communauté autochtone. »

Adoption du principe de Joyce

Dans sa lettre, le Collège des médecins réclame aussi l’adoption du principe de Joyce, « la pierre angulaire d’un virage essentiel pour notre société ». Élaboré par le Grand Conseil de la Nation atikamekw et la communauté de Manawan, il propose des solutions pour assurer aux membres des Premières Nations un accès équitable aux services sociaux et de santé du Québec, dont la création d’un bureau d’ombudsman et une formation obligatoire pour les professionnels du réseau.

Le premier ministre François Legault n’entend pas adopter ce principe qui reconnaît la notion de racisme systémique, ce à quoi se refuse son gouvernement.

« Le gouvernement est mal à l’aise avec le mot, on est mal à l’aise avec la situation », rétorque Mauril Gaudreault, qui espère voir d’autres ordres professionnels de la santé joindre leurs voix à la cause.

Constant Awashish partage son avis. « La société est prête à avancer, maintenant il faut lui donner les moyens pour le faire, et ça commence par la reconnaissance [du racisme systémique]. Je pense qu’on est dans la bonne direction, mais il faut que le gouvernement travaille dans le même sens que la population. »