Le manque d’infirmières est criant ces jours-ci à l’hôpital de Joliette, au point que 60 lits sont fermés aux étages. La pression est aussi forte aux urgences, où des infirmières craignent que les patients en paient le prix. La situation reste également précaire au CISSS de la Montérégie-Ouest, où des hôpitaux fonctionnaient jusqu’à tout récemment avec la moitié du personnel soignant. Pour la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), ces situations sont d’autant plus alarmantes que le budget provincial, déposé jeudi, « ne prévoit rien pour attirer et retenir les infirmières ».

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« La réalité, c’est qu’il y a un bris de service à l’hôpital de Joliette. Il va falloir choisir ce qu’on ne fera plus dans Lanaudière-Nord parce qu’on n’a plus les moyens de nos ambitions. On est en manque d’infirmières partout », déplore le président du Syndicat interprofessionnel de la santé de Lanaudière, Stéphane Cormier.

Les 5 et 6 mars, les infirmières des urgences de l’hôpital de Joliette ont fait deux sit-in pour dénoncer le manque criant de personnel dans leur service.

M. Cormier explique qu’au triage, deux infirmières sont normalement présentes la nuit. Mais certaines fins de semaine, une seule infirmière est parfois en poste. Débordée, celle-ci n’a alors pas le temps de réévaluer certains patients qui attendent.

Attirer des gens dans le nord de Lanaudière

Au CISSS de Lanaudière, on confirme que, aux urgences, deux sit-in ont eu lieu, « reliés au manque important de personnel depuis quelques semaines ». On indique que, depuis, du personnel délesté y a été rapatrié et des ressources de soutien clinique ont été ajoutées.

« Bien qu’il existe encore une pénurie de personnel en soins infirmiers », les mesures pour attirer et retenir du personnel au CISSS de Lanaudière portent leurs fruits, selon la porte-parole de l’établissement, Pascale Lamy, qui souligne que le CISSS de Lanaudière dispose de 346 professionnels en soins de plus qu’il y a un an.

Mais pour M. Cormier, l’enjeu est que la pénurie de personnel dans Lanaudière touche beaucoup plus le nord (Joliette) que le sud du territoire (Terrebonne). « Il faut trouver le moyen d’attirer les gens au nord », dit-il, tout en soulignant que la majorité des embauches réalisées par le CISSS dans la dernière année concernent du personnel destiné à la vaccination.

Le manque de personnel est aussi criant au CISSS de la Montérégie-Ouest.

> (Re)lisez l’article : « CISSS de la Montérégie-Ouest : le ministre Dubé envisage de détourner des ambulances vers Montréal »

« Aucune lumière au bout du tunnel »

Présidente de la FIQ, Nancy Bédard confirme que la situation est problématique dans ces deux régions. Elle se rendait d’ailleurs vendredi dans l’ouest de la Montérégie pour constater la situation. Mme Bédard déplore que « le dernier budget n’apporte aucune lumière au bout du tunnel ». Mme Bédard dit être « tombée en bas de sa chaise » en lisant le dernier budget, car « rien n’est prévu pour attirer les professionnelles en soins, les retenir, diminuer la surcharge de travail ». « Quel message envoie-t-on ? Ça prend des sous pour réparer le réseau », plaide Mme Bédard.

Elle déplore que, pour financer les soins, Québec se tourne vers Ottawa et réclame plus de transferts fédéraux en santé. « On fait quoi si l’argent n’est pas au rendez-vous ? On continue la déchéance ? », demande-t-elle.

Au cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, on affirme que le budget prévoit 23 millions sur trois ans en enseignement pour former plus d’infirmières. « Nous invitons d’ailleurs la FIQ à approuver rapidement l’entente de principe qui prévoit des hausses importantes d’effectifs, particulièrement dans les secteurs 24/7. Rappelons que les sommes nécessaires pour les embauches d’effectifs supplémentaires seront prévues dans le prochain budget (2022-2023), conditionnellement à l’approbation de l’entente de principe par les membres de la FIQ », explique la porte-parole du ministre Dubé, Marjaurie Côté-Boileau.

Celle-ci affirme que la pénurie de main-d’œuvre dure « depuis beaucoup trop longtemps dans le réseau de la santé », qu’il est « clair que les infirmières sont des partenaires incontournables » et que le ministre veut continuer de « valoriser [la profession] dans le réseau ».