(Montréal) Le cancer colorectal est en progression chez les plus jeunes, un phénomène que les experts ne comprennent pas vraiment, mais qu’ils jugent préoccupant.

Jean-Benoit Legault
La Presse Canadienne

L’alimentation, l’inflammation et le microbiome, ou l’intersection entre les trois, pourraient toutefois y être pour quelque chose.

Une tendance à la hausse est détectée depuis 1995 dans plusieurs pays industrialisés comme le Canada, les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

« Depuis quelques années, on constate que le pourcentage de gens ayant un cancer colorectal en bas des âges de 40 ou 45 ans semble augmenter, a dit la docteure Carole Richard, chef du service de chirurgie digestive au CHUM. On ne connaît pas vraiment la cause, mais il semble y avoir un plus grand pourcentage chez les plus jeunes. »

La moyenne d’âge lors d’un diagnostic de cancer colorectal est de 62 ou 63 ans. Au CHUM, qui traite plus de 300 cas par année, 10,7 % des cas concernaient des individus de moins de 50 ans en 2006, un pourcentage qui avait bondi à 16,9 % en 2020.

Entre 10 et 20 % des patients plus jeunes ont une prédisposition génétique à souffrir de cette maladie, a ajouté la docteure Richard, mais la vaste majorité des patients de 50 ans et moins ne présentent aucun facteur de risque évident.

Elle croit toutefois que le microbiome (la flore intestinale) pourrait y être pour quelque chose.

« Le microbiome, en fait, reflète l’environnement parce qu’il est affecté par toutes les toxicités de l’environnement, a dit la docteure Richard, qui dirige son propre groupe de recherche sur le microbiome au CHUM. Il y a probablement quelque chose dans l’environnement qui modifie le microbiome, qui modifie les bactéries du microbiome, et qui va augmenter la non-réparation de cellules qui se fait sur l’intestin, et ça a probablement un impact sur l’incidence accrue. »

Maladie plus avancée

Les patients plus jeunes souffriront souvent d’une forme plus avancée de la maladie quand ils seront finalement diagnostiqués, poursuit-elle.

Dans un premier temps, les jeunes hommes et les jeunes femmes attendront plus longtemps que les plus vieux avant de consulter, quand les premiers symptômes apparaîtront. La docteure Richard cite en exemple un jeune patient de 26 ans qui a souffert de saignements pendant deux ans avant que son cancer de stade 3 ne soit finalement diagnostiqué ; il serait aujourd’hui heureusement sur le chemin de la guérison.

Les médecins de première ligne ont aussi un rôle à jouer, en réalisant que le jeune patient qui se plaint de saignements rectaux ne souffre pas nécessairement d’un problème mineur comme les hémorroïdes.

« Les symptômes apparaissent, mais les médecins ne vont pas aller d’emblée vers un test plus invasif, a expliqué la docteure Richard. Ils vont probablement trouver un équilibre. On ne peut pas faire une coloscopie à tout patient jeune qui a des saignements, mais d’un autre côté il faut aller chercher beaucoup plus (loin) […] pour avoir l’œil ouvert à aller plus rapidement à un examen plus invasif. »

Le mois de mars est le mois de la sensibilisation au cancer colorectal. Les efforts consacrés à cette fin depuis plusieurs années portent des fruits avec une réduction du nombre de cas chez les patients plus âgés, ce dont se réjouissent les experts, « mais on est préoccupés de savoir ce qui se passe avec plus de jeunes qui sont diagnostiqués », a dit la docteure Richard.

« Tout symptôme doit être pris au sérieux, peu importe l’âge du patient », a-t-elle conclu.

Les principaux symptômes du cancer colorectal sont des changements inexpliqués dans les habitudes d’évacuation des selles, comme la diarrhée ou la constipation ; des changements dans la taille ou la forme des selles ; du sang à l’intérieur ou sur les selles, allant de rouge vif à noir foncé ; des douleurs ou malaises abdominaux persistants ; et une perte de poids inexpliquée.