Annoncé par le gouvernement du Québec à l’été 2018, le projet-pilote de transport médical par hélicoptère n’a jamais décollé.

CAROLINE TOUZIN CAROLINE TOUZIN
La Presse

Ce projet, réclamé depuis des années par des spécialistes de la médecine d’urgence, dont le pionnier de la traumatologie au Québec, le Dr David Mulder, n’a toutefois pas été abandonné. Selon nos informations, il est retourné sur la planche à dessin du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

« C’est préoccupant que le Québec soit la seule province dépourvue d’un programme de transport d’urgence par hélicoptère intégré au système de santé », a lancé le Dr Mulder en entrevue avec La Presse.

« Pour tout vous dire, je suis inquiet, a poursuivi le réputé chirurgien. Comment va-t-on réagir s’il y a un accident impliquant un autobus scolaire avec de multiples jeunes blessés qui survient loin d’un centre de traumatologie tertiaire – disons dans les Cantons-de-l’Est ou les Laurentides – demain matin ? »

Dans la foulée de la tragédie qui a décimé l’équipe de hockey des Broncos de Humboldt, en Saskatchewan, le Dr Mulder avait lancé un premier cri du cœur en faveur d’un tel programme en avril 2018.

Le médecin avait eu l’impression d’avoir été entendu, puisque quelques mois plus tard, à l’été 2018, le ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette, faisait l’annonce du projet-pilote dans les locaux de l’entreprise privée Airmedic.

Or, 18 mois plus tard, rien ne s’est concrétisé. D’où son nouveau cri du cœur.

Rappelons qu’en Saskatchewan, au moment de l’accident qui a fait 16 morts et 14 blessés, des hélicoptères du programme STARS de Saskatoon et de Regina ont pu rapidement transporter des blessés du lieu de l’accident vers un centre de traumatologie.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le Dr David Mulder

Le Dr Mulder avait alors demandé au gouvernement du Québec de se servir de cette tragédie pour « revoir notre gestion des traumatismes sévères en région rurale et tous les aspects des soins préhospitaliers pour arriver à l’égalité des soins et des chances de survie pour tous les Québécois, qu’ils habitent en milieu rural ou urbain ».

Dans la mouture initiale du projet-pilote, l’hôpital du Sacré-Cœur, à Montréal, avait été désigné pour recevoir des patients en provenance d’hôpitaux de Shawinigan, de La Tuque, de Joliette, de Mont-Laurier, de Rivière-Rouge et de Sainte-Agathe. L’entreprise Airmedic, qui offre déjà un service de transport d’urgence privé, avait été sélectionnée pour transporter les patients.

Cette annonce est survenue peu de temps avant l’élection du gouvernement de François Legault ; un changement de gouvernement qui a retardé la concrétisation du projet.

« Mise à jour » du projet

Au cabinet de la ministre de la Santé Danielle McCann, on a indiqué à La Presse que ce serait le MSSS qui répondrait à nos questions sur le sujet.

Le MSSS assure que le projet n’est pas mis sur une tablette. « Le MSSS travaille présentement à mettre à jour le projet pour notamment actualiser la vision du service héliporté et identifier les principes fondamentaux entourant l’ajout d’un vecteur d’accès préhospitalier lesquels sont : l’accessibilité accrue aux services de santé spécialisés pour la population située entre 75 et 275 kilomètres des centres tertiaires Montréal et Québec ; la compression des délais de transfert interétablissement ; ainsi que la sécurité et qualité des soins assurés par l’équipage clinique », a indiqué Laura Fitzback, conseillère en affaires publiques au MSSS.

Le MSSS précise qu’il est « encore trop tôt pour parler d’un quelconque échéancier », puisqu’il travaille notamment à déterminer les pathologies « chronodépendantes » et les conditions médicales pour lesquelles un service héliporté peut être déployé.

Pour qu’un service héliporté ait une plus-value au système préhospitalier actuel, il est essentiel de définir chacune des étapes du circuit du patient et convenir que les centres hospitaliers retenus, référents et receveurs, se dotent d’héliport hospitalier.

Laura Fitzback, porte-parole du MSSS

Pour sa part, l’entreprise Airmedic souhaite toujours participer au projet-pilote.

« Nous laissons le soin au gouvernement de préciser ses intentions et ses orientations à l’égard de ce projet », a indiqué la vice-présidente exécutive d’Airmedic, Sophie Larochelle.

De son côté, le Dr Mulder souhaite que le gouvernement du Québec n’attende pas que le pire arrive pour implanter un tel programme dans le système de santé de la province.