Dites au revoir aux poignées de main et à la bise : la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, recommande aux Québécois d’éviter les salutations trop familières afin de contenir la propagation du coronavirus. À Ottawa, le nouveau comité du cabinet fédéral sur le coronavirus a tenu sa première rencontre, tandis qu’en Italie, les élèves et les étudiants sont priés de rester à la maison jusqu’au 15 mars.

Raphaël Pirro Raphaël Pirro
La Presse

« On va demander aux gens de limiter les poignées de main et de réduire les contacts avec les proches les plus vulnérables aussi », a déclaré hier en point de presse le Dr Yves Jalbert, directeur général de la protection de la santé publique du Québec. À cela s’ajoutent les recommandations déjà formulées par Mme McCann : se laver les mains fréquemment, tousser dans le pli de son coude, et s’isoler volontairement si l’on se croit atteint du coronavirus.

Pour l’instant, il n’y a toujours qu’un seul cas déclaré au Québec. Il s’agit d’une femme récemment revenue d’Iran. Celle-ci se trouve chez elle, en isolement volontaire, et selon le Dr Jalbert, l’état de sa santé est jugé bon. En date de mercredi, 33 cas potentiels faisaient l’objet d’analyses, tandis que 203 cas suspects s’étaient avérés négatifs.

Selon Danielle McCann, les personnes en évaluation font preuve d’une « excellente collaboration » et « suivent très bien les recommandations » du Ministère. « Nous les félicitons pour leur sens civique et leur sens du devoir. Ces comportements contribuent à réduire les risques de transmission du virus dans la communauté », a-t-elle tenu à souligner.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

« La prévention des infections est une responsabilité collective. Chaque personne a un rôle à jouer afin de protéger sa santé et celle de ses proches, et de diminuer les risques de propagation des virus », a dit Mme McCann.

Selon la ministre, le système de santé est préparé à une éventuelle augmentation des infections. « Notre système de détection est fiable, il est efficace, et les protocoles de prise en charge sont bien établis », a-t-elle affirmé.

Des cliniques de première ligne

Danielle McCann travaille à désigner des cliniques pour accueillir des personnes qui seraient éventuellement infectées par le COVID-19. Les premières cliniques impliquées dans ce mandat spécial se trouveraient dans la région de Montréal et à Québec.

« Au cours des derniers jours, les communications ont été renforcées, notamment avec les cliniques de première ligne, afin de s’assurer qu’elles aient accès rapidement et facilement aux informations concernant le coronavirus », a dit la ministre.

Toutefois, elle a invité les personnes présentant les symptômes associés au COVID-19 à appeler Info-Santé en composant le 811 avant de se présenter en clinique. Les intervenants d’Info-Santé ont le mandat d’orienter vers les urgences des hôpitaux les cas suffisamment sérieux.

La ministre a demandé aux employeurs d’être « conciliants » et « accommodants » en cas de retrait de certains des membres de leur personnel.

Réunion du comité du cabinet fédéral

En date du 4 mars, 33 cas de COVID-19 avaient été confirmés au Canada : 20 en Ontario, 12 en Colombie-Britannique et 1 au Québec.

Le nouveau comité du cabinet fédéral sur le virus COVID-19 s’est réuni pour la première fois mercredi. La vice-première ministre, Chrystia Freeland, qui préside le comité, a affirmé que cette première rencontre avait permis entre autres d’offrir des mises à jour sur l’impact économique du virus.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Chrystia Freeland, vice-première ministre du Canada

Les membres de ce comité, tous des ministres, se réuniront toutes les semaines pour que l’ensemble du gouvernement contribue à la direction, à la coordination et à la préparation d’une intervention face aux effets du virus sur la santé et l’économie.

Les travaux du comité du cabinet chargé de la réponse fédérale au coronavirus s’ajouteront à ceux que réalise déjà le Groupe d’intervention en cas d’incident.

Le comité veillera aussi à la coordination des efforts avec d’autres ordres de gouvernement.

La crise s’aggrave en Italie

L’Italie, premier foyer européen, qui a passé mercredi la barre des 100 morts (107 morts pour 3089 cas), a pris des mesures exceptionnelles : toutes les écoles et universités seront fermées à partir de jeudi et jusqu’au 15 mars.

Le premier ministre italien, Giuseppe Conte, n’a pas exclu que les hôpitaux puissent être débordés « en cas de croissance exponentielle » des cas graves : « non seulement l’Italie, mais aucun pays au monde ne pourrait affronter une telle situation », a-t-il averti.

PHOTO MIGUEL MEDINA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Une infirmière surveille l’entrée du triage de l’hôpital de Crémone, en Italie.

Aux États-Unis, deux nouveaux décès mercredi ont porté le bilan à 11 morts et le Congrès a accepté de débloquer plus de 8 milliards pour endiguer l’épidémie.

En Chine, où l’épidémie a pris naissance en décembre et où le nombre de morts a dépassé le cap des 3000 hier, la quarantaine de 56 millions de personnes continuait dans la province centrale du Hubei, épicentre de l’épidémie. Il y a eu par ailleurs 139 nouvelles contaminations, soit un peu plus que la veille (119), pour un total de 80 409 cas confirmés, a ajouté la commission nationale de la santé.

— Avec La Presse canadienne et l’Agence France-Presse

Voyages scolaires en péril ?

Au moins deux écoles au Québec ont annulé des voyages à cause de la présence de cas de COVID-19 dans les pays destinés à être visités. Les commissions scolaires disent suivre de près l’évolution du virus dans le monde. Un voyage en Chine des élèves de l’école Paul-Gérin-Lajoie de Montréal prévu au début d’avril a notamment été annulé. Une visite au Japon organisée par l’école Dorval-Jean-XXIII qui devait avoir lieu cette semaine a subi le même sort. À la Commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud de Montréal, on explique que « tous les projets de voyages scolaires prévus seront analysés en fonction des conseils aux voyageurs et avertissements émis par le gouvernement canadien, et cela, en collaboration avec les conseils d’établissement de chacune de nos écoles », dès le retour de la semaine de relâche. Même son de cloche à la Commission scolaire de Montréal.

— Gabrielle Duchaine, La Presse

« En deux jours, c’est devenu une catastrophe »

PHOTO FOURNIE PAR PATRICE MONGEAU

Patrice Mongeau

Un homme d’affaires québécois établi en Italie craint de perdre la moitié de son chiffre d’affaires cette année à cause du COVID-19. Patrice Mongeau possède une entreprise de design d’exposition à Milan, à quelques dizaines de kilomètres de ce que les Italiens appellent la « zone rouge » du virus. « C’est une situation qui a explosé en une semaine. Le vendredi, on ne pensait pas que ça pouvait arriver, et en deux jours, c’est devenu une catastrophe », dit le père de famille, qui affirme perdre des « milliers [d’euros] chaque jour ». Depuis deux semaines, tout tourne au ralenti. La peur du virus a gagné le monde des affaires. « On fait des expositions partout sur la planète et depuis la semaine dernière, on a perdu trois expositions. » Il craint d’en perdre trois autres, possiblement annulées elles aussi, dont une à Singapour, qui représente 30 % de son chiffre d’affaire pour l’année.

— Gabrielle Duchaine, La Presse