Les cliniques de médecine de famille ne sont ni équipées ni préparées pour répondre à l’arrivée du coronavirus au Québec, préviennent des médecins montréalais, qui demandent au gouvernement et à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) « un plan d’action clair et sécuritaire pour la première ligne ».

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

« Force est de constater que les mesures mises en place pour répondre à l’arrivée du COVID-19 sur le territoire québécois sont, selon nous, loin d’être suffisantes, en particulier concernant la préparation de la médecine de première ligne (CLSC, GMF, etc.) », soulèvent les médecins Marie-Pierre Codsi, Brian White-Guay et Geneviève Dequoy, du groupe de médecine de famille Notre-Dame, dans une lettre envoyée à La Presse.

Le collectif se dit préoccupé quant à la capacité des cliniques à répondre aux recommandations de l’INSPQ, telles que de posséder des équipements de protection individuelle (ÉPI) en tout temps, des masques N-95 et une chambre à pression négative.

« Si ces mesures d’urgence sont en place pour les centres hospitaliers désignés (un seul hôpital pour adultes à Montréal), les cliniques de médecine de famille de première ligne ne sont actuellement pas équipées et préparées pour répondre à ces recommandations. Or, […] il est réaliste de penser que la majorité des patients représentant des possibles cas de COVID-19 se présenteront dans leur clinique de médecine de famille ou CLSC plutôt qu’à l’hôpital », écrivent-ils.

Les personnes ayant fréquenté les zones sous surveillance et qui présentent des symptômes (fièvre avec de la toux ou difficultés respiratoires) sont orientées à l’urgence, selon le protocole mis en place. 

Toutefois, la semaine dernière, un premier cas a été confirmé au Québec, et la personne infectée, qui était de retour d’un voyage en Iran, s’est rendue dans une clinique, car elle présentait des symptômes légers.

Plus de questionnements que d’inquiétude

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) concède que les mécanismes de coordination et de préparation ne sont pas au point à l’extérieur des hôpitaux désignés. L’INSPQ et le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec n’ont pas répondu à notre demande d’entrevue.

« Je pense qu’on doit s’organiser sur le terrain », confirme Jean-Pierre Dion, porte-parole de la FMOQ. « Je ne dirais pas qu’il y a de l’inquiétude [chez les omnipraticiens], mais ils ne veulent pas en échapper, et il y a certainement un questionnement dans les cliniques : “Est-on prêts ? L’information nous a-t-elle transmise ?” Les médecins veulent avoir accès à la bonne information. »

M. Dion reconnaît que beaucoup de nouvelles informations circulent en ce moment, surtout depuis vendredi, et la Fédération s’assure de les relayer auprès des cliniques et des médecins sur le terrain. Elle a d’ailleurs proposé au ministère de la Santé de centraliser l’information sur un portail web, de sorte que tous les médecins puissent y avoir accès.

« Je pense que cette semaine, on pourra dissiper beaucoup d’inquiétudes », avance M. Dion, joint dimanche soir. « Dès [lundi], je m’attends à être en contact avec des gens du ministère [de la Santé], et on va réserver tout le temps qu’il faut pour relayer l’information sur le terrain. C’est une priorité et, s’il faut envoyer des courriels tous les jours aux médecins, on le fera. »

Quiconque développe des symptômes de fièvre, de toux ou de difficultés respiratoires à son retour de voyage à l’extérieur du Canada doit communiquer avec la ligne Info-Santé 811. L’intervenant indiquera dans quel établissement se rendre et si une consultation est requise. 

Il est aussi recommandé d’informer le milieu de soins avant de se présenter pour que les mesures de prévention requises soient appliquées.