Alors que les Canadiens en quarantaine à la base de Trenton se préparent à rentrer chez eux, et que les passagers du Diamond Princess ne présentant aucun symptôme reviennent au pays pour une nouvelle période d’observation, les efforts se tournent vers les Canadiens hospitalisés au Japon.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Après avoir passé deux semaines confinés dans la cabine sans fenêtre, les Québécois Manon Trudel et Julien Bergeron ont finalement pu quitter le navire dans la nuit de mercredi à jeudi pour être transportés dans un hôpital japonais. « Elle s’enthousiasmait de voir le ciel et la Grande Ourse, elle vient de sortir de prison », raconte Flavie Trudel, qui est restée en contact avec sa sœur Manon durant le transfert.

PHOTO FOURNIE PAR MANON TRUDEL 

Manon Trudel et Julien Bergeron

Julien Bergeron, qui a contracté le coronavirus COVID-19 à bord du Diamond Princess, et Manon Trudel, qui ne présentait aucun symptôme, ont été dirigés vers deux autobus différents escortés par un convoi militaire. Après environ huit heures de route, ils ont été hospitalisés dans le même établissement à deux étages distincts. « En ce moment, elle est très contente de la façon dont elle est installée », a indiqué Flavie Trudel en entrevue téléphonique à La Presse en fin de matinée jeudi. « Il y a une grande fenêtre dans sa chambre, et dans celle de Julien aussi, paraît-il. C’est merveilleux, elle voit dehors. »

PHOTO FOURNIE PAR MANON TRUDEL 

Julien Bergeron (à gauche), à sa sortie du Diamond Princess

Depuis le 5 février, tous les passagers du navire immobilisé dans le port de Yokohama étaient confinés à leurs cabines par ordre des autorités japonaises. Des sorties encadrées sur le pont avaient lieu à l’occasion, mais le couple s’en est volontairement abstenu à partir du moment où M. Bergeron a contracté le COVID-19.

Rapatriés du Japon

Les passagers canadiens ne présentant pas de symptômes ont quitté le Japon jeudi à bord d’un avion affrété par Ottawa. Ils ont été amenés en Ontario, d’abord à la base militaire de Trenton pour subir un examen médical plus approfondi, pour être ensuite envoyés en quarantaine à Cornwall.

Il s’agit de la seconde période d’isolement en observation pour ces croisiéristes qui ont déjà passé 14 jours en quarantaine sur le Diamond Princess. Les rapatriés qui ne sont pas porteurs du virus et ne présentent aucun symptôme pourraient toutefois être autorisés à quitter cette quarantaine plus tôt, a fait savoir la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu. La décision sera prise au cas par cas par l’administratrice en chef de la santé publique.

Par contre, les 47 passagers canadiens qui ont contracté le COVID-19 à bord ont dû rester au Japon pour être traités.

M. Bergeron, qui ne présentait pas de symptômes au moment de quitter le navire, paraissait néanmoins soulagé de savoir qu’il pourrait recevoir des soins. « Il a dit que si jamais il avait besoin d’un masque à oxygène, au moins, ils allaient pouvoir faire ça pour lui », raconte Flavie Trudel.

Fin de quarantaine à Trenton

Les premiers Canadiens rapatriés de Chine devraient terminer leur quarantaine à Trenton ce vendredi, a annoncé l’Agence de la santé publique du Canada jeudi. Ce groupe est arrivé le 7 février. Le deuxième groupe, arrivé le 11 février, devrait terminer sa quarantaine le mardi 25 février.

Ottawa assurera le transport jusqu’à l’aéroport international Pearson de Toronto, sauf pour les personnes qui préféreront être prises en charge par des proches à Trenton.

« Chaque Canadien rapatrié quittera la BFC Trenton avec un plan de voyage et un suivi approprié auprès des agences de santé publique locales », a souligné l’Agence par courriel.

La Croix-Rouge en appui au Japon

La Croix-Rouge a par ailleurs dépêché quatre personnes au Japon jeudi pour aider les Canadiens hospitalisés. Celles-ci offriront « du soutien émotionnel et psychosocial, des renseignements importants, des références vers les services offerts par le gouvernement du Canada ainsi que des services de réunification des familles, au besoin », a indiqué l’organisme dans un communiqué jeudi.

La Croix-Rouge, qui intervient en appui à Ottawa, promet de veiller à ce que les ressortissants aient facilement accès aux services gouvernementaux. Des interprètes vers le français et l’anglais seront également disponibles. L’organisme offre aussi ses services pour coordonner les communications entre les patients et leurs proches.

De son côté, l’Agence de la santé publique du Canada a annoncé avoir retenu trois experts pour aider les Canadiens qui se trouvent au Japon, en quarantaine ou en traitement à l’hôpital. Il s’agit d’un conseiller médical principal doté d’une vaste expertise en santé publique et en gestion des urgences, d’un expert en gestion des urgences de santé publique et d’un épidémiologiste, a indiqué l’Agence jeudi soir.

Le Japon sur la défensive

Avec au moins 634 passagers ayant contracté le COVID-19, dont deux sont morts mercredi, le navire de croisière Diamond Princess est devenu le plus important foyer d’infection à l’extérieur de la Chine.

Le Japon, qui s’est attiré de nombreuses critiques pour sa gestion de la quarantaine, a défendu son intervention jeudi.

Les médecins en soutien à la gestion de l’infection ont effectué des consultations et des rondes quotidiennes sur le bateau, ont indiqué les autorités japonaises. « Et quand les médecins signalaient des améliorations nécessaires, des mesures étaient prises le jour même », souligne le communiqué du ministère de la Santé.

« Pour ce qui est de l’équipage, un cours a été donné à presque tous les membres », souligne le Ministère en énumérant les mesures adoptées à bord.

Il n’existe pas de protocole normalisé sur la façon de mettre les passagers d’un bateau de croisière en quarantaine, a indiqué l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à La Presse jeudi.

« Les autorités japonaises ont de l’expérience, et ont évalué le risque de santé publique en fonction de la situation », a fait valoir un porte-parole par courriel.

« La situation a évolué, le virus se propage plus rapidement que prévu », reconnaît cependant l’Organisation, en ajoutant qu’il est « difficile d’appliquer des mesures d’endiguement dans un environnement confiné comme celui d’un bateau ».

Des enquêtes épidémiologiques et environnementales sont en cours, affirme l’OMS.

— Avec La Presse canadienne