Les premiers résultats des tests menés à la demande du gouvernement du Québec dans les écoles confirment que l’eau de plusieurs établissements de la province contient trop de plomb. À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), dans la majorité des écoles testées, au moins un point d’eau contient une trop grande concentration de cette substance toxique, selon les informations transmises à La Presse.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

Des écoles primaires distribuent de l’eau en bidon et d’autres ont condamné plusieurs fontaines auxquelles buvaient les enfants au quotidien.

La CSDM a testé la présence de plomb dans 60 écoles jusqu’à présent. La plus grande commission scolaire du Québec a obtenu des résultats définitifs pour 37 de ces 60 écoles. Au total, la CSDM a 279 immeubles à tester.

Rappelons que le gouvernement de François Legault a ordonné que toutes les écoles de la province soient analysées à la suite d’enquêtes journalistiques menées par La Presse et Le Soleil qui révélaient que l’eau de certaines écoles contenait trop de plomb.

Il n’existe pas de seuil sous lequel l’exposition au plomb serait sans danger, selon l’Organisation mondiale de la santé. Le plomb est hautement toxique. Il agit à très faible dose. Et les jeunes enfants sont les personnes les plus vulnérables à ses effets nocifs.

À l’école Marc-Favreau, dans Notre-Dame-de-Grâce, la concentration de plomb dans l’eau est trop élevée, à tel point que les élèves reçoivent de l’eau en bidon depuis octobre dernier.

Jusqu’à présent, 20 autres écoles de la CSDM ont dû condamner certaines fontaines ou limiter des robinets au lavage des mains en raison de la concentration de plomb.

C’est le cas de l’école Louis-Hippolyte-Lafontaine sur le Plateau Mont-Royal, où plusieurs fontaines ont été condamnées. Le taux de plomb dans l’eau de l’une d’elles — située dans une aire commune — dépasse huit fois la norme de cinq microgrammes de plomb par litre. L’eau d’un robinet du même établissement a un taux 13 fois plus élevé que cette norme.

Faire couler l’eau

Dans 12 autres écoles de la CSDM, certaines fontaines ne sont jugées conformes qu’à condition de faire couler l’eau 30 secondes chaque matin. Une affiche indiquant qu’il faut laisser couler l’eau une minute avant de la consommer a d’ailleurs été posée au-dessus des fontaines concernées. L’école Marie-Favery dans Villeray a notamment dû appliquer cette mesure temporaire après qu’un des cinq points d’eau de l’établissement eut été jugé non conforme sans écoulement préalable.

Le professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal Sébastien Sauvé, qui a participé à l’enquête de La Presse l’automne dernier, est sceptique quant à cette stratégie.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal

Tu as 200 élèves à faire boire durant une récréation de 15 minutes, dont certains ne lisent pas encore. À mon avis, personne ne contrôle ça.

Le professeur Sébastien Sauvé

L’eau a été jugée conforme dès le premier jet (sans écoulement préalable) dans seulement 4 des 37 écoles de la CSDM dont les résultats sont accessibles.

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, a précisé que les travaux à effectuer à l’école Marc-Favreau restaient à déterminer. « Si ce ne sont que des points d’eau à changer, ça va aller assez vite, mais s’il faut ouvrir les murs, il va falloir faire ça l’été. » Les travaux à l’école Marc-Favreau devraient toutefois être terminés pour la rentrée de septembre, souhaite Mme Harel Bourdon.

La présidente de la CSDM précise que Marc-Favreau fait partie d’un groupe de trois écoles situées dans des quartiers plus à risque pour le plomb, où à titre préventif les élèves ont reçu de l’eau en bidon dès le mois d’octobre. Dans les deux autres écoles du groupe, soit Léonard-de-Vinci dans Saint-Michel et Louis-Hippolyte-Lafontaine sur le Plateau, un suivi a été effectué et les élèves ont pu recommencer à boire l’eau de certaines fontaines sans danger, toujours selon Mme Harel Bourdon.

Des résultats non conformes

Les trois plus grandes commissions scolaires du Grand Montréal prévoient avoir fini les tests de plomb dans l’eau avant l’échéance fixée par le gouvernement. Québec avait demandé qu’ils soient réalisés d’ici juin pour le primaire et d’ici novembre pour le secondaire.

La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) n'a pas terminé de tester l’eau de toutes ses écoles, mais une concentration de plomb en excédent de la nouvelle norme de plomb dans l'eau des écoles a été détectée dans certains points d'eau, dont certains ont été condamnés. La CSMB précise avoir fait des tests l'été dernier et qu'ils respectaient tous la norme provinciale alors en vigueur. En octobre, la norme de Santé Canada, plus restrictive, a été adoptée pour les écoles.

À la commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud, les tests vont bon train, mais il n’y a aucun résultat définitif. Elle n’a que des résultats préliminaires et aura les résultats complets pour toutes ses écoles à la fin de mars, a indiqué à La Presse le conseiller en communication de la commission scolaire, Alexandre Kozminski Martin.

À Saint-Hyacinthe, 8 bâtiments sur 56 ont été testés. Seulement deux des bâtiments n’ont eu aucun point d’eau condamné. Dans deux écoles — Roger-LaBrèque à Acton Vale et La Présentation dans la ville du même nom —, plus de la moitié des points d’eau sont condamnés. Des cruches d’eau y sont fournies.

Peinture au plomb : les enfants pauvres plus vulnérables à la contamination

PHOTO THINKSTOCK

La contamination à la peinture au plomb a un effet sur le cerveau différent chez les enfants de foyers pauvres et ceux de foyers riches, selon deux des coauteurs d’une étude publiée à la mi-janvier dans Nature Medicine.

Les enfants défavorisés sont plus vulnérables à la pollution causée par la peinture au plomb que ceux issus de familles riches, indique une nouvelle étude américaine.

La contamination au plomb a un effet sur le cerveau différent chez les enfants de foyers pauvres et ceux de foyers riches, selon deux des coauteurs de l’étude publiée à la mi-janvier dans Nature Medicine, Andrew Marshall et Elizabeth Sowell, de l’Université de Californie du Sud. 

« Chez les enfants pauvres, ceux qui courent un risque élevé d’exposition au plomb ont une superficie de cerveau moins élevée de 8,2 % que ceux qui courent un risque faible d’exposition au plomb, dit M. Marshall. La superficie du cerveau est étroitement liée aux résultats aux tests cognitifs. » Cette différence de superficie de cerveau est plus importante que la différence normalement observée entre les enfants de familles pauvres (revenu familial inférieur à 25 000 $) et ceux de familles riches (revenu familial supérieur à 150 000 $), précise M. Marshall, illustrant la gravité de l’effet du plomb. 

L’effet du plomb sur le cerveau est comparable à celui des orphelinats communistes de la Roumanie, selon une étude récemment publiée dans la revue PNAS. Les résultats sont basés sur une cohorte de 10 000 enfants nés entre 2006 et 2008. Ce même groupe sera utilisé pour traquer les effets du plomb jusqu’à l’âge adulte.

Facteurs de protection

La différence entre les résultats aux tests cognitifs des enfants plus touchés par le plomb et ceux des enfants qui le sont moins atteint 12 % chez les pauvres, mais seulement 4 % chez les riches. Les chercheurs ignorent pourquoi les enfants de familles plus aisées semblent protégés, mais émettent certaines hypothèses.

« Sont-ils protégés parce que leurs parents mettent plus d’accent sur l’éducation, parce que leurs maisons sont davantage rénovées, parce qu’ils boivent de l’eau en bouteille, parce qu’ils vivent moins d’adversité, parce que, petits, leurs jeux sont plus structurés et qu’ils avalent moins de poussière ? dit M. Marshall. Tout est possible.

D’une certaine façon, c’est encourageant parce qu’on voit qu’on peut remédier à la situation chez les pauvres.

Andrew Marshall, chercheur

L’indice de risque utilisé par les deux chercheurs n’inclut que la peinture, pas l’eau contaminée par le plomb. « L’indice tient compte de la construction des maisons avant ou après 1978, année où a été interdite la peinture au plomb aux États-Unis [cette interdiction date de 1990 au Canada], dit M. Marshall. Personne n’a de données sur les conduites d’eau. J’ai vérifié, il reflète assez bien le risque d’empoisonnement au plomb. »

Idem pour l’eau ?

L’eau présente-t-elle un risque plus élevé que la peinture ? « On ne sait pas, mais on sait qu’il ne suffit pas de peindre une nouvelle couche, dit M. Marshall. En Californie, on a estimé entre 10 000 $ et 14 000 $ le coût de décontamination d’un logement peint au plomb. »

Bien que les préoccupations récemment soulevées au Québec touchent les conduites d’eau, la Commission scolaire de Montréal travaille aussi à réduire le danger posé par la peinture au plomb. Un registre des bâtiments où il y a de la peinture au plomb a été créé il y a quelques années et est utilisé pour protéger les ouvriers lors de rénovations, indique la présidente de la commission scolaire, Catherine Harel Bourdon.

Précision:
Une version antérieure de ce texte indiquait erronément que les écoles de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois (CSMB) respectent toutes la nouvelle norme de plomb dans l'eau des écoles. Nos excuses.