Au cours de la dernière année, près de 380 000 Québécois sont ressortis des urgences d’un hôpital sans avoir vu un médecin.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

C’est l’équivalent de plus de 1000 patients par jour, note Patrick Déry, analyste associé senior à l’Institut économique de Montréal (IEDM). Il a obtenu ces chiffres grâce à une demande d’accès à l’information auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le nombre de patients a été compilé par l’Institut en tenant compte des inscriptions et des patients passés au triage qui ont quitté l’hôpital sans avoir vu un médecin. Les temps d’attente trop longs sont montrés du doigt comme la cause de ces sorties de l’hôpital sans prise en charge médicale.

« Les urgences, c’est un indicateur pour bien d’autres choses dans le système de santé, a dit M. Déry en entrevue téléphonique. Les temps d’attente en sont un. Les urgences, c’est le débordement de tout le reste parce que quand tu t’y rends, c’est soit parce que tu en as besoin parce que c’est urgent, ou soit parce que tu n’as aucun autre endroit où aller. »

Les chiffres sont similaires à ceux des cinq dernières années.

Environ les trois quarts des patients qui avaient quitté l’hôpital sans être traités avaient été classés lors de leur passage au triage avec les priorités 4 et 5, soit les cas de figure considérés comme les moins urgents dans le système de classement. Aucun ne s’était vu attribuer la priorité 1, et 1,3 % avaient l’inscription de priorité 2. Le cinquième de ces patients étaient dans la troisième catégorie d’urgence.

Un temps des Fêtes difficile

Les urgences ont débordé durant les Fêtes. À la mi-janvier, le taux d’occupation oscillait entre 130 et 140 % dans les Laurentides, à Laval, à Montréal, dans Lanaudière et en Montérégie.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a réagi il y a deux semaines aux taux d’occupation élevés des urgences, estimant que la solution passait par une révision de la première ligne.

M. Déry constate lui aussi qu’un nombre élevé de patients québécois se tournent vers les urgences des hôpitaux alors qu’ils pourraient être vus en clinique.

Il estime qu’il reste beaucoup de « barrières » dans le système québécois, notamment le champ de pratique restreint des infirmières et des pharmaciens ainsi que les quotas d’admission dans les facultés de médecine.

« On a un système qui n’est pas super performant », a-t-il remarqué. S’il prône l’accès aux soins de santé universels, il est d’avis que le système québécois bénéficierait d’une diversification des fournisseurs, plutôt que de compter sur l’État uniquement.