Une majorité de médecins spécialistes croit qu’il faut respecter la volonté des patients quant à leur fin de vie, et ce, même si la famille n’est pas d’accord ou si ces patients deviennent inaptes, révèle un sondage Léger mené pour le compte de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), obtenu par La Presse.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Les résultats du sondage seront présentés ce lundi à Montréal lors du Forum national sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie. L’objectif du forum est de « mettre en lumière les différents points de vue sur la question de l’admissibilité à l’aide médicale à mourir, dans un contexte d’inaptitude », peut-on lire sur le site du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Différents sujets seront abordés, dont les « profils et situations d’inaptitude qui pourraient devenir admissibles à l’aide médicale à mourir » et le « moment et format d’une demande anticipée d’aide médicale à mourir ».

Le forum réunira des groupes représentant les professionnels, les usagers et les établissements du réseau de la santé.

Respecter la volonté du patient

En prévision de sa participation au forum, la FMSQ a sondé ses membres du 17 au 23 janvier derniers sur l’aide médicale à mourir.

Sur les 1600 médecins spécialistes ayant répondu au sondage, 83 % estiment qu’il faut respecter la volonté d’un patient exprimée avant qu’il devienne inapte.

81 % : proportion des répondants qui croient que la loi doit encadrer les directives anticipées

Par exemple, une personne apprenantqu’elle souffre d’alzheimer et manifestant, alors qu’elle est encore apte à le faire, son désir d’avoir recours à l’aide médicale à mourir (AMM) à un stade plus avancé de la maladie devrait voir ses volontés respectées à condition que les termes, quand elle ne sera plus apte, soient bien définis et que la personne qui tranchera la décision soit bien identifiée, explique-t-on à la FMSQ.

Le sondage révèle également que 92 % des médecins spécialistes croient que la volonté des patients doit primer, malgré le désaccord de la famille. Afin d’éviter les situations ambiguës, 80 % des répondants croient qu’un tiers devrait être choisi par les patients afin, entre autres, de demander en leur nom le traitement de leur demande d’aide médicale à mourir en temps jugé opportun.

Et la santé mentale ?

Le sondage de la FMSQ a été mené avant que ne surgisse la controverse de l’AMM pour les gens atteints de maladie mentale. Mardi dernier, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a annoncé que dès le 12 mars, être en « fin de vie » ne serait plus un critère préalable pour obtenir l’AMM. La levée de ce critère a comme conséquence que les patients atteints de maladie mentale seraient admissibles à recevoir l’AMM. Une situation qui a soulevé la controverse. Plusieurs médecins spécialistes ont entre autres témoigné de leur inconfort, selon la FMSQ, qui a demandé la semaine dernière à Québec de consulter la population plus longuement avant d’aller de l’avant avec cette décision.

Faciliter l’accès

Selon le sondage de la FMSQ, 60 % des répondants croient que la loi actuelle sur les soins de fin de vie doit changer. Quand on leur demande si l’accès à l’aide médicale à mourir doit être restreint, rester le même ou être élargi, 64 % disent que l’accès doit être plus facile. Selon 80 % des répondants, l’ouverture du Québec à l’AMM « fait avancer la société ». Et 52 % se disent en faveur de l’AMM, mais disent ne pas vouloir en faire personnellement. Si 43 % des répondants disent qu’ils seraient capables de procéder à l’AMM avec un de leurs patients, 42 % disent qu’ils auraient besoin d’aide psychologique ensuite. Enfin, seulement 24 % des répondants se disent à l’aise avec la question de l’aide médicale à mourir chez les mineurs.