La hausse marquée du nombre de cas de personnes infectées par un nouveau virus apparu en Chine et la confirmation qu’il est transmissible entre humains inquiètent l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités sanitaires de plusieurs pays, dont le Canada, qui entend resserrer les contrôles frontaliers pour réduire les risques de propagation.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Les voyageurs internationaux arrivant aux aéroports de Toronto, de Montréal et de Vancouver devront désormais préciser s’ils ont visité récemment Wuhan, ville chinoise où les premiers cas ont été détectés, a précisé lundi l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

Les personnes répondant par l’affirmative seront soumises à un « contrôle supplémentaire » et dirigées vers un agent de quarantaine si elles présentent des symptômes de type grippal compatibles avec le virus.

L’ASFC a précisé par ailleurs que des panneaux de signalisation seraient mis en place dans les halls des aéroports ciblés pour sensibiliser les voyageurs.

La Dre Theresa Tam, qui dirige l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), a précisé lundi lors d’une conférence téléphonique que ces mesures avaient été retenues par « excès de prudence » alors que le risque de transmission du virus au pays est considéré comme « faible ».

Trois personnes ayant séjourné à Wuhan ont été contrôlées à ce jour au Canada après avoir manifesté des symptômes préoccupants, mais aucune n’était infectée par le nouveau virus, qui peut entraîner de la fièvre, de la toux, de la détresse respiratoire et une pneumonie.

« C’est important de prendre la situation au sérieux, d’être vigilant et de se préparer, mais il n’y a aucune raison de paniquer », a indiqué la Dre Tam, qui dit maintenir des contacts soutenus avec ses homologues provinciaux et les dirigeants de l’OMS.

L’organisation internationale, qui suit l’évolution de la situation depuis plusieurs semaines, a annoncé qu’elle déterminerait mercredi, lors d’une réunion convoquée à cette fin, s’il y a lieu de déclarer une « urgence de santé publique de portée internationale ».

Ses dirigeants ont déclaré entre-temps, par l’entremise de Twitter, que les pays devaient continuer à se préparer pour pouvoir faire face au virus au besoin.

Cas en hausse

Les autorités chinoises affirment qu’il a initialement été transmis à l’humain dans un marché de fruits de mer et d’animaux exotiques qui a été fermé préventivement le 1er janvier.

Le nombre de cas déclarés à Wuhan, dans le centre de la Chine, a bondi au cours de la fin de semaine pour atteindre 198, et une vingtaine d’autres ont été recensés ailleurs au pays, notamment à Shanghai et à Pékin.

Une poignée de cas ont été signalés outre-frontière en Thaïlande, au Japon ainsi qu’en Corée du Sud, où une femme chinoise souffrant de troubles respiratoires qui avait visité Wuhan la semaine dernière a été hospitalisée lundi.

Des mesures de contrôle ont été mises en place dans la ville chinoise pour contrôler la température des voyageurs et détecter d’éventuels cas d’infection.

Ces contrôles se sont accélérés en prévision du Nouvel An chinois, qui a lieu le 25 janvier et entraîne le déplacement de centaines de millions de personnes dans le pays.

Le président chinois Xi Jinping est intervenu lundi pour presser les responsables de travailler de concert en vue de contenir la propagation du virus et d’assurer des célébrations sereines.

La difficulté de la tâche est exacerbée par la confirmation que deux personnes dans le sud de la Chine ont été contaminées par des proches et que des membres du personnel médical ont été aussi affectés après avoir soigné des patients.

Souvenirs du SRAS

La Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue rattachée au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), a indiqué que les autorités font face à un coronavirus rappelant celui qui avait provoqué l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2002-2003.

Bien que les informations sur le nombre de cas demeurent trop parcellaires pour tirer une conclusion définitive, il semble cependant moins contagieux et beaucoup moins létal, puisque celui causant le SRAS, qui avait fait près de 800 morts, tuait près de 10 % des personnes infectées, relève la spécialiste.

Elle se réjouit de constater que les autorités chinoises ont choisi de jouer cette fois « la transparence » et de coopérer pleinement avec la communauté internationale, notamment en rendant disponible la séquence génétique du nouveau virus pour permettre l’élaboration rapide de tests de détection.

Anne Gatignol, professeure et chercheuse en microbiologie rattachée à l’Institut Lady Davis de l’Hôpital général juif, arrive aussi à la conclusion, en considérant le nombre de morts recensés à ce jour et la progression du nombre de cas, que le virus semble moins dangereux que celui à l’origine de l’épidémie de SRAS.

La prudence s’impose quoi qu’il en soit, notamment parce que le Nouvel An chinois va engendrer énormément d’allées et venues, y compris entre la Chine et le Canada, prévient la spécialiste.

Les autorités canadiennes doivent agir pour protéger la population comme si le niveau de danger était le même qu’en 2002, prévient-elle.