Un citoyen de La Prairie souffrant de dysfonction érectile après avoir été opéré pour un cancer de la prostate déplore que les médicaments prescrits pour le traiter ne soient pas remboursés au Québec et interpelle l’Assemblée nationale.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« En refusant de rembourser ces médicaments pour les gens qui en ont besoin pour des raisons médicales, c’est comme si on disait que la santé sexuelle, ce n’est pas de la santé. Comme si la santé sexuelle des hommes, ça n’a pas d’importance », dénonce Claude Boivin.

Âgé de 54 ans, M. Boivin a été atteint d’un cancer de la prostate en 2015. Triathlète qui a couru dans le passé des Ironman, M. Boivin a dû se faire retirer la prostate. Conséquence de l’opération, il souffre maintenant de dysfonction érectile. Une maladie taboue, reconnaît-il. Mais puisqu’il s’estime « décomplexé », M. Boivin a décidé de militer ouvertement pour le remboursement des traitements. Il affirme dépenser environ 350 $ par mois pour soigner ses dysfonctions érectiles. « J’ai le moyen de me les payer. Mais les hommes qui ne peuvent pas, ils font quoi ? », demande-t-il.

Pétition à l’Assemblée nationale

Le 10 janvier, M. Boivin a déposé une pétition sur le site de l’Assemblée nationale. Dans cette pétition, M. Boivin demande au gouvernement de « retirer les médicaments prescrits pour le traitement de la dysfonction érectile de la liste des cas d’exclusion de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) » et « d’exiger, auprès des assureurs, dont la RAMQ, que soient remboursés, en tout ou en partie, les médicaments prescrits pour le traitement de la dysfonction érectile ».

Actuellement, les médicaments contre la dysfonction érectile ne sont pas remboursés par la RAMQ, confirme la porte-parole de l’organisme, Caroline Dupont. Ils figurent sur la courte liste d’exclusion, au même titre que les médicaments prescrits à des fins esthétiques ou pour traiter la calvitie.

Une situation jugée « insultante » par M. Boivin.

On m’a enlevé la prostate parce que je n’avais pas le choix. Il y a une raison médicale.

Claude Boivin

Dans la pétition de M. Boivin, on précise que « des milliers d’hommes souffrent de dysfonction érectile après avoir subi une exérèse de la prostate » au Québec et que cette situation peut « entraîner d’autres problèmes de santé tels que la dépression et le suicide ».

Une situation confirmée par la sexologue Geneviève Labelle. Selon elle, les hommes atteints de dysfonctions érectiles sont souvent « en souffrance ». « Entre autres à cause de la place centrale qu’on accorde à la pénétration dans notre société », dit-elle.

En se basant sur son expérience clinique, Mme Labelle confirme que la dysfonction érectile peut parfois mener à la dépression. « Les hommes qui consultent se sentent souvent défectueux », note la sexologue, qui souligne que la dysfonction érectile est « plus fréquente qu’on pense ».

Différents traitements

Le Dr Steven P. Lapointe, président de l’Association des urologues du Québec, explique que plusieurs traitements très efficaces existent pour soigner la dysfonction érectile, que ce soit les médicaments, les pompes ou les injections. Mais aucun n’est remboursé par la RAMQ ni par la quasi-totalité des compagnies d’assurances privées.

Le prix des traitements contre la dysfonction érectile varie d’environ 6 $ pour un comprimé d’un médicament générique à 600 $ pour une pompe.

Laurent Proulx, président de Procure, organisme de bienfaisance dans la lutte contre le cancer de la prostate, se réjouit que M. Boivin milite publiquement pour le remboursement des traitements contre la dysfonction érectile. Car selon M. Proulx, le sujet est si tabou qu’il est rare de trouver un homme prêt à exposer sa situation sur la place publique. « Nous, on milite pour ça [le remboursement]. Mais c’est un problème qui ne se règle pas », dit M. Proulx.

Décision ministérielle

Le Dr Lapointe souligne que la dysfonction érectile découle parfois d’une opération ou d’une intervention comme dans le cas de M. Boivin, mais aussi parfois d’une maladie comme le diabète ou du vieillissement. Il souligne que le fait de décider de rembourser ou non les traitements est une « décision de société », qui doit être prise au terme d’une analyse détaillée, à laquelle il se dit ouvert à participer.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on indique que les médicaments pour la dysfonction érectile sont sur la liste d’exclusion parce qu’ils « sont considérés comme des médicaments de la vie moderne ». « On regroupe, sous ce vocable, des médicaments qui visent le rétablissement d’états courants chez l’homme (ex. : calvitie, dysfonction érectile, etc.) et pour lesquels les bienfaits ne sont pas clairement définis sur le plan médical. […] Tout changement pour inscrire un médicament pour la dysfonction érectile impliquerait des changements réglementaires. Il n’y a pas actuellement de travaux au MSSS visant la couverture de ces médicaments », a expliqué par courriel la porte-parole du MSSS, Marie-Claude Lacasse.

M. Boivin martèle que son état n’est pas « courant ni normal », mais qu’il résulte plutôt d’une intervention chirurgicale. Il estime que « la santé physique et psychologique est tributaire d’une saine activité sexuelle » et que les médicaments contre la dysfonction érectile devraient donc être remboursés au Québec, au même titre que les reconstructions mammaires des femmes opérées pour un cancer du sein le sont. « La dysfonction érectile peut entraîner la dépression et le suicide… ça devrait être assez [pour justifier le remboursement] », dit-il.

M. Proulx, de Procure, est du même avis. « Ne pas rembourser ces traitements, c’est comme se faire dire que la sexualité, ce n’est pas important. Ce n’est pas le cas », plaide-t-il.