Alors que la saison de la grippe bat son plein et que les urgences sont débordées, Québec veut étendre le recours aux téléconsultations entre les médecins et leurs patients.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on dit travailler « activement sur le développement de plusieurs services de télésanté d’envergure provinciale ». Dès 2020, le MSSS veut entre autres mettre en place une « plateforme en télésanté qui permettra aux cliniciens de réaliser des consultations médicales à distance avec leurs patients dans le respect des normes de sécurité et de confidentialité ».

Mais pour le Collège des médecins, la téléconsultation n’est « pas la panacée » qui mettra fin au problème d’engorgement des urgences. « Oui, la téléconsultation est une option intéressante, mais il y a des limites », affirme le secrétaire du Collège des médecins, le Dr Yves Robert.

Des projets en cours

Déjà, certaines entreprises privées commencent à offrir des services de téléconsultation. Depuis quelques jours, certains clients de l’entreprise Bonjour-Santé qui consultent le site afin d’obtenir un rendez-vous dans une clinique se font plutôt offrir de voir un médecin en téléconsultation. Moyennant 69 $ plus taxes, ces patients peuvent obtenir une consultation avec un médecin par visioconférence sur un ordinateur ou un appareil mobile.

Président de Bonjour-Santé, Benoît Brunel précise que le projet est « en rodage » et que seule une infime partie des patients présentant certaines affections bien précises se font offrir cette option. Quatre médecins participent au projet pilote de l’entreprise et environ 200 patients ont été vus jusqu’à maintenant.

À ce jour, le taux de satisfaction des patients et des médecins est très élevé.

Benoît Brunel

Acte non couvert

Puisque pour le moment les téléconsultations entre un médecin et un nouveau patient ne sont pas couvertes par le régime public d’assurance maladie, qui ne couvre que certaines téléconsultations, dont celles entre deux professionnels de la santé, les patients doivent pour l’instant payer les coûts du service.

Mais à Québec, des discussions ont lieu « au sujet d’une rémunération en lien avec l’utilisation des technologies de l’information », selon le directeur des communications de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Jean-Pierre Dion. Ce dernier précise que le tout pourrait « être inclus sous le grand chapiteau du nouveau mode de rémunération » des médecins de famille, actuellement en préparation à Québec. Aucune négociation visant le financement à l’acte des téléconsultations entre médecin et patient n’est toutefois en cours.

Prudence, avertit le Collège des médecins

Au Collège des médecins, on affirme que plusieurs précautions doivent être prises avant de financer publiquement les téléconsultations. En Colombie-Britannique, seule province canadienne ayant tenté l’expérience, les coûts du système de santé ont explosé. Notamment parce que dans plusieurs cas, les patients ayant eu recours à une téléconsultation devaient ensuite se rendre malgré tout en clinique pour voir un médecin, ce qui dédoublait les coûts.

M. Brunel, de Bonjour-Santé, estime qu’il « ne faut pas que les téléconsultations mènent toujours à une consultation en clinique ensuite ». « D’où l’importance de bien filtrer les cas [admissibles] aux téléconsultations au départ », dit-il.

Solution à l’engorgement des urgences ?

Pour M. Brunel, la téléconsultation devient très intéressante alors que les urgences débordent aux quatre coins de la province. Selon lui, étendre le service sera bénéfique à la fois pour les patients, les médecins et le réseau de la santé. « Parce qu’on utilisera des plages horaires que les médecins n’utiliseraient pas autrement », dit-il. Par exemple, un médecin confiné à la maison ou à l’extérieur du pays pourrait donner des téléconsultations, illustre M. Brunel.

Le Dr Robert croit de son côté que les téléconsultations ne sont « pas la panacée » qui réglera le problème d’engorgement des urgences. Car ce sont surtout les cas d’infections respiratoires et de gastroentérites qui font déborder les salles d’urgence actuellement. « Deux choses difficilement traitables en téléconsultation », dit-il. Pour le Dr Robert, ce service est surtout utile pour régler des cas dermatologiques, donner des conseils ou offrir un suivi à un patient connu du médecin, par exemple.

À la FMOQ, on mentionne que pour l’instant, les médecins sont « plutôt craintifs » par rapport aux téléconsultations, notamment pour des motifs d’ordre déontologique. « Les médecins préfèrent encore pour l’instant voir leurs patients en vrai », note M. Dion.