Alors que la saison de la grippe bat son plein, avec un début plus fort que l’an dernier, une nouvelle étude montre qu’avoir le rhume diminue le risque d’attraper l’influenza. Il s’agit de la première salve d’une vaste étude sur les interactions entre les différents virus.

MATHIEU PERREAULT MATHIEU PERREAULT
La Presse

Plus forte que l’an dernier

Près du tiers des tests de grippe au Québec étaient positifs à la dernière semaine de décembre, une proportion légèrement supérieure à l’an dernier. « Il est difficile de se prononcer de manière absolue avec une seule donnée à la hausse, soit celle de la semaine 52 de 2019-2020 », indique Maryse Guay, spécialiste de la question à l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche de l’hôpital Charles-Le Moyne. « La proportion de tests d’influenza A et B est légèrement supérieure (32,6 %) à ce qu’on a observé en 2018-2019 (30 %). Si la tendance persiste dans les prochaines semaines, oui, on pourra dire que la progression a été plus rapide que l’an dernier, mais je ne serais pas à l’aise de le dire en ce moment. » Depuis six ans, la proportion de tests positifs chez les patients des laboratoires-sentinelles de la province a dépassé 33 % à deux reprises. La Dre Guay note que les données préliminaires en Montérégie montrent qu’il y a plus d’éclosions en milieu de soins que l’an dernier, mais qu’il s’agit de petits nombres pour le moment.

Rhume et grippe

Le rhinovirus, souvent responsable du rhume, diminue de 70 % le risque d’avoir l’influenza, selon une étude publiée en décembre dans la revue PNAS. « Le rhume est un symptôme causé par plusieurs virus différents », explique l’auteur principal de l’étude, le biologiste Pablo Murcia de l’Université de Glasgow. « Le principal de ces virus, le rhinovirus, a une interaction négative avec la grippe. Cela avait été observé de manière anecdotique, mais nous avons des données et une modélisation pour le prouver. » Les chercheurs écossais ont étudié 36 000 patients vus dans des hôpitaux écossais sur une période de neuf ans.

Niches écologiques

Les chercheurs écossais étudient 11 virus respiratoires différents. « Normalement, chaque virus a une niche écologique et s’attaque à des molécules en particulier, dit le Dr Murcia. Si deux virus entrent en concurrence pour la même niche écologique, l’un des deux peut prédominer, voire contrecarrer l’effet de son concurrent. » Quelle est la prochaine étape ? « En comprenant mieux les interactions entre virus respiratoires, on pourra voir en quoi ils s’influencent mutuellement. Il pourrait même y avoir des virus qui accentuent l’effet d’autres virus, parce qu’ils affaiblissent une partie du système immunitaire, par exemple. On pourra peut-être en comprenant ces liens en arriver à de nouvelles cibles pour des médicaments antiviraux. »