COVID-19, temps d’attente aux urgences, accès aux soins de première ligne : dans une entrevue de fin d’année, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, se livre à La Presse.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Pour sa première session complète à l’Assemblée nationale comme ministre de la Santé, Christian Dubé a dû gérer la deuxième vague de la pandémie de COVID-19 tout en continuant à faire avancer les dossiers importants de son ministère. Un immense paquebot de 1218 personnes qui gère plus de 300 000 travailleurs et des dépenses de plus de 40 milliards par année.

« Le défi de tout gestionnaire, c’est d’être capable d’avoir un équilibre entre gérer ce qui est urgent et ce qui est important […] Il faut trouver cet équilibre-là », affirme Christian Dubé.

Pour gérer simultanément la COVID-19 et son ministère, M. Dubé a essentiellement séparé les employés de son cabinet en deux : ceux qui gèrent l’« urgent » et ceux qui gèrent l’« important ». « Quand on va arriver aux prochaines élections, les gens vont nous juger sur les deux », dit-il.

Le ministre a défini quatre dossiers « importants » pour lui et ses collègues Marguerite Blais et Lionel Carmant. Il les identifie par l’acronyme « UCAM », pour « urgences », « chirurgies », « aînés » et « médecins (santé mentale) ».

« Il ne faut pas se laisser distraire par l’urgent. Il faut le régler. On travaille très fort sur la COVID. Mais on a aussi des défis très importants qu’il faut faire avancer », indique M. Dubé.

L’ombre de la COVID-19

Dans un rapport publié le 21 décembre, le Conseil du trésor évalue les performances des 20 ministères québécois pour l’année 2019-2020. Celui de la Santé et des Services sociaux se classe bon dernier. On apprend que seulement 38 % des objectifs fixés par ce ministère avaient été atteints au 31 mars 2020.

Par exemple, le gouvernement voulait atteindre une durée moyenne de séjour sur civière dans les urgences de 13,5 heures. La moyenne a plutôt été de 15,2 en 2019-2020. Le délai moyen de prise en charge médicale aux urgences pour la clientèle ambulatoire devait être de 145 minutes. On était plutôt à 173 minutes au 31 mars 2020. Le gouvernement souhaitait aussi que le nombre d’opérations en attente depuis plus de six mois ne soit pas supérieur à 13 480. Mais au 31 mars, 24 713 personnes attendaient la leur depuis plus de six mois. Et avec la COVID-19, la situation ne fait qu’empirer.

Christian Dubé prend toutefois sur lui la responsabilité d’améliorer le résultat. « Parce qu’on peut le faire, même en situation de crise », dit-il.

Il vise la note de passage (60 %) l’an prochain. Il estime que pour plusieurs cibles, le Ministère est très près du but. « Si j’avais juste la COVID à régler, ce serait exigeant. Mais là, il faut régler la COVID et les dossiers importants », dit-il.

Améliorer l’accès à la première ligne

Dans un quotidien submergé par la crise de la COVID-19, Christian Dubé est particulièrement heureux d’avoir travaillé dans la continuité de sa prédécesseure, Danielle McCann, pour améliorer l’accès aux soins de première ligne.

Il se réjouit d’avoir signé une entente avec les pharmaciens qui permet d’augmenter le nombre de services que peuvent rendre les pharmaciens, et d’avoir rendu ces services gratuits.

Plus on est capable d’enlever des services qui étaient offerts par des médecins et qui engorgeaient les cliniques et les urgences, plus on est capable de les faire passer aux pharmaciens, plus on va désengorger et plus on va atteindre nos objectifs.

Christian Dubé

L’adoption récente du règlement permettant la pratique autonome des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dès janvier s’inscrit dans la même lignée.

M. Dubé est aussi fier du dépôt du projet de loi sur les enfants migrants. Ce projet de loi vise à ce que tous les enfants, nés ou non au Québec, et peu importe le statut d’immigration de leurs parents, soient assurés par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Environ 4350 enfants annuellement seraient touchés par cette mesure. Le ministre note que l’aboutissement de ce dossier est également « dans la continuité de Danielle McCann ». Il raconte aussi que le député de Québec solidaire Andrés Fontecilla lui a posé beaucoup de questions en Chambre sur cette question. « Je me suis engagé à le faire […] Je suis vraiment content d’avoir déposé ce projet de loi. On va voter rapidement au retour », dit-il.

Le ministre de la Santé a annoncé en octobre la construction d’un nouvel hôpital universitaire de 600 lits en Outaouais. La région attendait cette annonce depuis des années.

Ça va se faire. La machine est partie.

Christian Dubé

Parmi les autres dossiers santé ayant cheminé cette année dans l’ombre de la COVID-19 : l’avancement des discussions pour que les gens atteints de troubles mentaux puissent avoir accès à l’aide médicale à mourir. Et l’injection de 15 millions sur cinq ans pour « consolider la sécurisation culturelle dans le réseau de la santé ». Une annonce faite après la mort tragique de Joyce Echaquan.

Tous les jours, Christian Dubé se réserve du temps pour gérer les dossiers non-COVID et s’assurer de leur avancement. Et il compte reprendre la formule dès son retour après les Fêtes. « On a des dossiers importants à livrer, bien qu’on soit en situation de crise […] Les gens qui nous ont élus en 2018, ils ne nous ont pas élus pour gérer une crise. Ils nous ont élus pour faire avancer de grands dossiers. Et ça, on se le rappelle tous les jours. »