(Québec) Une quarantaine de médecins, gériatres, chercheurs et spécialistes des personnes âgées réclament que le Québec engage sans délai « une conversation nationale » sur le vieillissement de la population, un enjeu bien connu que la crise sanitaire a exacerbé. La pandémie doit servir de prétexte pour amorcer le changement, croient-ils.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Dans une lettre signée entre autres par le DRéjean Hébert, gériatre et ex-ministre de la Santé, et le DMauril Gaudreault, président du Collège des médecins, le regroupement d’experts fait le constat suivant : « nous n’avons pas, collectivement, fait les gestes que nous aurions dû faire » face au vieillissement de la population.

Les signataires, dont font partie plusieurs acteurs du milieu communautaire, soulignent les récentes conclusions de l’étude de l’Observatoire québécois des inégalités qui indiquent que le nombre de Québécois âgés de 65 ans et plus passera de 1,7 million à 2,6 millions en 2050. Il s’agit d’une augmentation de 53 %.

Les aînés représenteront donc 27 % de la population du Québec, une proportion plus grande qu’aux États-Unis et ailleurs au pays. Le rapport rendu public jeudi documente également les inégalités entre les groupes de personnes âgées et le reste de la population.

Selon les signataires de la missive, au Québec, « nous ne faisons que réagir » alors que la « gestion quotidienne » du vieillissement « semble devenir une crise en soi ».

Les solutions trouvées dans ces conditions ne sont généralement pas adaptées à tous et ne servent qu’à colmater temporairement une urgence.

Les signataires de la lettre

Et la présente crise sanitaire en est le meilleur exemple, a expliqué en entrevue avec La Presse le DQuoc Dinh Nguyen, qui est aussi signataire de la lettre.

« On parle de la pandémie et des CHSLD, c’est essentiel en ce moment, mais les personnes âgées, c’est plus que les CHSLD », fait valoir le gériatre, qui a mené au printemps l’équipe d’experts désignée pour aider le gouvernement Legault à gérer la première vague dans les CHSLD, particulièrement touchés par la crise.

« La pandémie a levé le couvert de la marmite, mais ce qu’on a découvert, c’était là avant et ça va l’être encore après », illustre le Dr Nguyen.

« Ça ouvre la porte, mais ça va prendre des gens pour rentrer et développer. Ce ne sera jamais suffisant en soi. Des gens avec plus d’expérience que moi vous le diront : il faut profiter [de la crise], mais penser que ce sera suffisant serait une erreur. D’où l’importance de poursuivre le travail », résume-t-il.

URGENCE D’AGIR

Le regroupement estime qu’il est « urgent » dans le contexte actuel d’entamer « une conversation nationale » sur le vieillissement de la population. Et cette démarche « ne doit pas être tributaire des échéances électorales », prévient-on.

Dans leur missive, les experts montrent notamment du doigt « les programmes gouvernementaux [qui] s’adressent pour la plupart à une population générique, avec comme résultat qu’ils ne sont pas adaptés aux besoins des personnes aînées diversifiées ».

Mais ils soutiennent qu’il serait « injuste de blâmer » seulement les gouvernements actuels. Leur cri du cœur interpelle ainsi la société dans son ensemble. Il faut se mettre à la recherche de « solutions sur des questions aussi fondamentales » que le logement, le milieu de vie, la discrimination et l’isolement, énumèrent-ils.

Afin de progresser vers des solutions durables, il faut accepter de nous remettre en question et, surtout, prendre le temps de le faire.

Les signataires de la lettre

Cela commence par poser un regard plus large sur l’enjeu du vieillissement et arrêter de « travailler en silos », croit le DNguyen. « S’occuper des aînés, ce n’est pas juste s’occuper des plus malades. C’est 10, 20 ans de la vie d’une grande proportion de la population », fait-il remarquer.

« Il faut mettre en commun tous les acteurs, et que l’énergie soit déployée à la hauteur des besoins des aînés. Je pense que les aînés vont aller vraiment mieux si on profite de la COVID-19 pour s’asseoir tous ensemble et établir un diagnostic », argue-t-il.

Ils disent avoir espoir que leur appel sera entendu et qu’il mènera à la conclusion « d’un pacte social » dans le respect de ceux « qui ont bâti le Québec ».

> Lisez la lettre ouverte signée par les médecins, gériatres, chercheurs et spécialistes des personnes âgées