(Québec) L’école est un « tremplin pour agir » dans la lutte à l’obésité et à la sédentarité créées par les écrans, estime une experte du CHU Sainte-Justine.

Caroline Plante
La Presse Canadienne

Actuellement, les écoles primaires et secondaires du Québec offrent peu de conseils pour gérer son temps d’écran et peu de périodes d’éducation physique, selon Mélanie Henderson.

« On a là un tremplin extraordinaire pour agir parce que tous les jeunes sont à l’école », insiste en entrevue la pédiatre endocrinologue, disant s’inquiéter de ce qu’elle voit en clinique.

Privés de leurs activités physiques habituelles, les yeux scotchés à leurs écrans, plusieurs jeunes doivent maintenant composer avec des problèmes de surpoids, d’obésité, d’hypertension et de diabète.

« Qu’est-ce que je vois ? Je vois des jeunes qui ont des prises pondérales catastrophantes. […] C’est difficile quand on pris 15 kilos en trois, quatre mois […] de le perdre. »

Mélanie Henderson cite une étude américaine qui suggère que 57 % des enfants d’aujourd’hui seront obèses à 35 ans, ce qui est trois fois la moyenne actuelle d’obésité des adultes de 35 ans.

Le changement, selon elle, peut passer par l’école.

« On a une opportunité intéressante à l’école de développer des programmes parascolaires, des programmes d’activités pendant les récréations, de majorer le temps de cours d’éducation physique.

« Non seulement c’est un rôle à jouer, mais on a une opportunité en or de vraiment atteindre toute la population pédiatrique, adolescente, et avoir des interventions qui ont des impacts probants. »

La tablette a-t-elle fait ses preuves ?

Par ailleurs, la docteure Henderson s’interroge sur la tablette dans les écoles, de plus en plus populaire, pandémie oblige.

Dans tous les cas, elle estime que le ministère de l’Éducation ne peut faire l’économie d’une évaluation des impacts de cette technologie sur les jeunes.

« Moi, je ne suis pas convaincue que c’est la meilleure chose pour les jeunes, parce que ça crée énormément de distractions, mais si on pense que c’est une bonne façon, bien parfait, évaluons. […] Allons voir si ça donne de meilleurs résultats. »

L’arrivée massive des tablettes dans les écoles ne s’est jamais accompagnée d’une nécessaire mise en garde contre les effets délétères, ont déploré plus tôt cette semaine des experts attentifs au dossier.

Leur intervention dans les médias survient neuf mois après la tenue d’un forum gouvernemental sur les écrans et la santé des jeunes, forum qui a été interrompu par la pandémie et pour lequel il n’y a pas encore eu de suites.

La première partie du forum avait conclu que les écrans affectent la vue, le sommeil, le poids et les habiletés langagières, en plus d’augmenter le risque de développer une dépendance, de l’anxiété et une mauvaise estime de soi.

« Les données en santé sur le temps-écran ne sont pas reconnues dans le milieu de l’éducation », a déclaré à La Presse Canadienne Tania Tremblay, enseignante en psychologie au Collège Montmorency et chercheuse associée à l’UQAM.

Caroline Fitzpatrick, du département de psychologie à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse, a quant à elle réclamé la création d’un comité, où les experts en santé et en éducation pourraient « essayer de créer un dialogue ».