(Québec) En réponse à la mort troublante de Joyce Echaquan, le gouvernement Legault investit 15 millions pour offrir une formation obligatoire à tout le personnel du réseau de la santé sur la culture autochtone. Québec veut ainsi accroître le sentiment de sécurité des Premières Nations et des Inuits envers les services publics de santé.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

En plus de la formation, le gouvernement veut ajouter des agents de liaison dans les hôpitaux de la province qui accueillent des membres des Premières Nations et créer des postes de «navigateur de services» qui auront la responsabilité d'accompagner les autochtones et leurs proches à travers le vaste réseau de la santé.

«Nous voulons regagner la confiance des Autochtones», a lancé le nouveau ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière. «Ce n'est pas une chose que nous allons réaliser en une semaine, nous savons que c'est un processus qui sera long, qu'il y aura des moments difficiles», a-t-il ajouté en anglais.

Lui et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, ont dévoilé le détail de l'annonce, vendredi à Montréal. «On fait juste commencer», a assuré M. Dubé. «Je veux être très clair : je veux que cette formation-là soit obligatoire pour tout le personnel. Il faut vraiment [...] qu'on puisse s'imprégner de cette culture, que les gens se sentent chez eux», a poursuivi le ministre de la Santé.

Aucun chef de la nation atikamekw n'était présent lors de la conférence de presse. M. Lafrenière a précisé qu'il aurait été impossible pour son gouvernement de tenir une annonce à Joliette ou en terres atikamekw en raison de la pandémie. Une vidéo filmée avec le Grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, doit cependant être publiée sur Facebook plus tard vendredi.

La formation qui sera offerte au personnel du réseau de la santé doit être élaborée avec l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et tenir compte de l'expertise des Atikamekw. Elle sera adaptée aux différentes communautés. «Il s'agira d'une approche conçue par et pour les Autochtones», a promis M. Lafrenière.

M. Dubé n'a pas caché qu'il souhaite que la formation soit en priorité déployée à l'hôpital de Joliette où Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans, est morte sous les insultes racistes du personnel infirmier, le 28 septembre dernier.

La somme de 15 millions sera puisée dans le budget de 200 millions versés en mars dernier pour réaliser les « appels à l’action » de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, dite commission Viens.

Pas un sou n’avait encore été dépensé par la ministre de l’époque, Sylvie D’Amours, qui a été démise de ses fonctions en octobre, dans la foulée de la mort de Mme Echaquan, qui a provoqué une vague d’indignation.

« Sécurisation culturelle »

Les sommes injectées serviront donc à développer ce que l’on appelle le concept de « sécurisation culturelle » dans les services de santé. Dans le rapport Viens, déposé il y a un an, on recommande notamment d’enchâsser cette notion dans la Loi sur les services de santé et de services sociaux, en collaboration avec les autorités autochtones.

On demande aussi d’encourager les établissements du réseau de la santé et des services sociaux à mettre sur pied « des programmes et services répondant aux principes de sécurisation culturelle, développés à l’intention des peuples autochtones et en collaboration avec eux ».

[La sécurisation culturelle est une] démarche qui vise à créer des environnements sécurisants et accueillants pour la population autochtone. Elle favorise le déploiement de services, de pratiques et d’initiatives en concordance avec les modes d’accompagnement de soins de prévention, de guérison, de transaction sociale et d’appréhension du monde autochtone, des modes qui prennent ancrage dans les systèmes de valeurs et de savoir autochtones.

Extrait du rapport Viens

Dans une longue entrevue avec La Presse, réalisée deux semaines après sa nomination, le ministre Lafrenière a promis de procéder à une annonce par semaine jusqu’aux Fêtes en matière d’affaires autochtones.

Devant la commission Viens, le DStanley Vollant, originaire de Pessamit, sur la Côte-Nord, avait affirmé que des Innus se rendaient à l’hôpital de Baie-Comeau « à reculons » parce qu’ils avaient « peur d’y aller ». Des Atikamekw ont aussi témoigné avoir été en butte au racisme à l’hôpital de Joliette.

Après la mort de Mme Echaquan, le grand patron du CISSS de Lanaudière, Daniel Castonguay, a affirmé ne pas avoir été mis au courant des plaintes visant l’hôpital de Joliette. Une employée l’a ensuite contredit, ce qui a mis M. Castonguay sur la sellette. « Ça m’achale », avait alors réagi le premier ministre, François Legault.