(Québec) Le PDG du CISSS de Lanaudière, Daniel Castonguay, se retrouve dans une situation délicate alors que le premier ministre, François Legault, s’est dit ouvertement agacé par ses explications dans le dossier autochtone.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en a rajouté une couche en déclarant que le gouvernement veut « s’assurer qu’on ait les bonnes personnes pour rétablir le lien de confiance avec la communauté » atikamekw de Manawan. Or, ce lien est « carrément brisé » entre cette communauté et la présente direction, a-t-il souligné.

En entrevue avec La Presse, Daniel Castonguay a déclaré qu’il n’était pas au courant des nombreuses plaintes de racisme formulées par des autochtones contre l’hôpital de Joliette, qui se retrouve sous sa responsabilité. C’est à cet établissement qu’est morte Joyce Echaquan, sous des insultes racistes, il y a un mois.

Le PDG a ajouté qu’une employée du CISSS chargée de lui rapporter ce qui s’était dit à la commission Viens au sujet de ces plaintes ne l’avait pas fait. Cette employée, Maryse Olivier, ex-directrice de la protection de la jeunesse de Lanaudière, a nié la version de M. Castonguay. Elle a soutenu que le PDG avait été mis au courant des griefs des autochtones.

En conférence de presse jeudi, François Legault a montré son agacement au sujet de la conduite de M. Castonguay, qui a fait porter le blâme sur une ancienne employée. « Ça m’achale d’entendre une réponse comme ça », a-t-il laissé tomber, soulignant l’importance pour lui de la reddition de comptes, l’« imputabilité ». « On va aller fouiller complètement le dossier », a-t-il ajouté, alors qu’on le questionnait pour savoir s’il jugeait que M. Castonguay était toujours l’homme de la situation à la tête du CISSS de Lanaudière.

De son côté, à la lumière de trois rencontres avec le chef Paul-Émile Ottawa, Christian Dubé a signalé que les Atikamekw « [avaient] été très clairs qu’ils avaient perdu confiance dans la direction ». « Ça va faire partie des éléments qu’on va considérer au cours des prochains jours », a-t-il indiqué.

Le PDG a proposé un plan pour rétablir la confiance, mais le ministre se pose deux questions dans son « analyse » : « Est-ce qu’il [le PDG] va être capable d’implanter le plan, première chose ? Puis, deuxièmement, est-ce qu’on va être capables de rétablir la confiance qu’il y a entre la direction de l’institution et la communauté ? » Il a insisté : « Il faut s’assurer qu’on ait les bonnes personnes pour rétablir le lien de confiance avec la communauté. »

Les partis de l’opposition étonnés

De leur côté, les partis de l’opposition s’étonnent que le PDG du CISSS de Lanaudière affirme ne pas avoir été informé des nombreuses allégations de racisme à l’hôpital de Joliette, alors que la situation avait été dénoncée par de nombreux Atikamekw lors des audiences de la commission Viens.

La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, se serait attendue à ce que le PDG lise le rapport Viens, plus d’un après son dépôt.

Lire le rapport, c’est le minimum. Pas juste lire le rapport, quelles sont les actions qui seront posées par le CISSS ? C’est à lui [le PDG du CISSS de Lanaudière] d’agir. Il a les outils entre les mains pour agir.

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, considère quant à lui que « le gouvernement a échoué dans sa responsabilité de s’assurer que tous les services publics au Québec prennent bonne note de ce qu’il y avait dans le rapport Viens ». C’est « un rapport important, et qu’il n’y ait pas eu un leadership pour dire aux gens qui contrôlent nos services publics [de le lire], ça me dépasse », a-t-il ajouté.

Au Parti québécois, la députée de Joliette, Véronique Hivon, abonde dans ce sens. « Comment ça se fait que, dans le rapport Viens, ce soit écrit noir sur blanc que les autochtones ne se sentent pas en sécurité d’aller dans les hôpitaux au Québec et qu’on n’a rien fait par rapport à ça pendant un an, qu’on ne s’est pas dit tout de suite, ça, c’est une urgence nationale, la question de la sécurisation culturelle des nations autochtones ? »

Elle souhaite que Joliette devienne « l’étalon pour la sécurisation culturelle » et que ce soit « un engagement extrêmement fort et concret des autorités du CISSS et du ministre de la Santé et du ministre des Affaires autochtones ».

(Re)lisez la chronique de Patrick Lagacé « Le PDG du CISSS Lanaudière dit-il la vérité ? »

— Avec la collaboration d’Hugo Pilon-Larose, La Presse