Les soins intensifs de l’hôpital de Gatineau ont été fermés pour la deuxième journée de suite lundi, faute de personnel. Un signe inquiétant qui démontre la gravité de la pénurie de main-d’œuvre, disent des intervenants du réseau de la santé, qui redoutent d’autant plus l’arrivée d’une deuxième vague de COVID-19.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« Le système est en train de craquer. […] Oui, c’est la pointe de l’iceberg », affirme la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard.

Dimanche à minuit, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais a été obligé de fermer temporairement les soins intensifs de l’hôpital de Gatineau. « Ce bris a été causé par l’absence inattendue de 2 infirmières du service, ce qui porte le nombre d’absences à 9 sur un total de 15 employés. Avec ce manque important de personnel, il était malheureusement impossible que le service soit maintenu. De plus, afin de répondre aux besoins de la population dans le cadre de la pandémie de la COVID-19, 2 infirmières formées en soins intensifs par quart de travail sont assignées à l’unité désignée COVID-19. Ceci accentue nos besoins de main-d’œuvre », a déclaré lundi le CISSS dans un communiqué.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, indique qu’une cellule de crise a été mise en place pour « offrir un service de soins sécuritaires aux patients et de rediriger les soins ». Les patients ont notamment été transférés vers les hôpitaux de Maniwaki, de Buckingham et vers Montréal. « Nous sommes très conscients de la fragilité de la disponibilité de main-d’œuvre en Outaouais et nous suivons le dossier de très près », a dit M. Dubé.

Un réseau fragile

Cette rupture de services survient alors qu’on s’arrache les infirmières un peu partout dans le réseau. Plusieurs établissements de santé sont à la recherche de professionnelles pour œuvrer dans les cliniques de dépistage de COVID-19. Les besoins en CHSLD sont encore élevés. À cela s’ajoute la reprise des interventions chirurgicales, l’achalandage aux urgences qui revient et la venue de la campagne annuelle de vaccination contre la grippe.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Avec ce qui se passe à Gatineau, on voit qu’on n’est plus en mesure de subvenir à la demande de services de base.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

Mme Bédard estime qu’on « frappe le mur actuellement ».

La semaine dernière, des infirmières de l’hôpital du Suroît, à Valleyfield, ont aussi fait un sit-in pour dénoncer les conditions de travail aux urgences. « Il y avait moins que la moitié de l’équipe pour 46 civières aux urgences… Il manquait six infirmières vendredi pour la nuit. À un moment donné, ça n’a plus de bon sens », expose Mme Bédard.

Le CISSS de la Montérégie-Ouest dit être conscient de la situation. Sa porte-parole, Jade St-Jean, indique que l’établissement « travaille sur tous les fronts afin de diminuer la pression sur [ses] urgences ».

> (Re)lisez l’article « Hôpital du Suroît : la sécurité des soins n’est “plus garantie” »

En entrevue la semaine dernière avec La Presse, la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), la Dre Diane Francœur, a dit craindre que la pénurie de personnel ne soit « l’angle mort de la deuxième vague » de COVID-19.

Alors que toutes les régions du Québec sont déjà touchées par de petites éclosions de COVID-19, de plus en plus de professionnels de la santé devront être retirés de leurs fonctions pour 10 jours, a expliqué la Dre Francœur. « C’est énorme. Il y aura parfois des équipes complètes de retirées », dit-elle. Elle croit que la profession d’infirmière « est en péril » et que des solutions doivent être rapidement trouvées pour éviter les conséquences directes sur les soins aux patients.

« La machine fonctionne comme si on ne voulait pas admettre qu’on n’a pas assez de professionnels en soins pour donner les services », dénonce Mme Bédard.

Selon elle, la situation est si critique que le gouvernement n’a d’autre choix que de « revoir les services qu’il peut offrir ». Une proposition brutale, reconnaît-elle. « Mais il manque le tiers de professionnels en soins actuellement. On ne peut pas penser que ceux qui restent sont capables de continuer comme si de rien n’était », plaide Mme Bédard.