(Québec) Québec solidaire réclame la tenue d’une commission parlementaire sur la possibilité que le gouvernement donne aux grandes pharmaceutiques un accès aux données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), un scénario évoqué la semaine dernière par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Québec solidaire a écrit à la Commission de la santé et des services sociaux soit saisie d’un mandat d’initiative sur la question. « Il faut entendre des éthiciens, des experts en cybersécurité, la Protectrice du citoyen, la Commission d’accès à l’information, la RAMQ », a énuméré le député Sol Zanetti, mercredi.

Sa formation politique s’oppose à l’éventualité que les données personnelles des Québécois, par l’entremise de la RAMQ, soient vendues à des géants pharmaceutiques. Québec solidaire explique vouloir une commission parlementaire pour « aller en profondeur » et être mis au parfum du « plan » du gouvernement Legault.

« On est en train de se faire embarquer dans un plan d’hommes d’affaires », a prévenu M. Zanetti, parlant du premier ministre Legault et de son ministre de l’Économie. Québec solidaire réclame par ailleurs que François Legault « ramène son ministre à l’ordre » et s’exprime publiquement sur le sujet.

Jeudi dernier, lors de l’étude des crédits, le ministre Fitzgibbon a affirmé que « les données de la RAMQ, c’est une mine d’or » pour le Québec.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Pierre Fitzgibbon

« Je sais que c’est un sujet très controversé, je ne rentrerai pas là-dedans tout de suite, j’ai des vues très précises sur ça. Mais le jour où on peut se rendre confortable de donner accès à nos données de santé aux compagnies pharmas qui vont venir dans nos hôpitaux universitaires qui sont très performants, […] c’est winner », a-t-il poursuivi.

« La stratégie du gouvernement, c’est carrément de vouloir attirer les pharmas, quelques pharmas, à venir jouer dans nos platebandes. [À] profiter de ça. Et je pense qu’on a une chance incroyable d’y arriver », a-t-il ensuite complété.

Ses propos avaient fait sursauter le député solidaire Vincent Marissal. « La semaine dernière, en crédits, le ministre Fitzgibbon m’a accusé de tenir des propos incendiaires. Bien, moi, je vais vous dire, c’est lui qui joue avec des allumettes dans la poudrière des renseignements personnels », a réaffirmé le député mercredi.

Le député péquiste Harold LeBel avait aussi dénoncé les méthodes du gouvernement en affirmant qu’ils font de la « business » plutôt que de servir le Québec.

Mercredi, le député libéral André Fortin a affirmé que « c’est la protection des données personnelles » qui préoccupe sa formation politique. « La façon que le ministre l’a exprimé la semaine dernière, ce n’était pas clair qu’il y aurait cette préoccupation-là. On demande au ministre de préciser sa pensée », a-t-il expliqué.

Certains députés libéraux ont dénoncé sur Twitter les ambitions de M. Fitzgibbon, notamment la députée Marwah Rizqy alors que le député Gaétan Barrette a rappelé qu’il avait « développé ce dossier » avec ses collègues pendant quatre ans. « De grâce M. le ministre, ajustez-vous, car la forme pourrait tuer le fond d’un projet majeur du Québec », a-t-il gazouillé, la semaine dernière.