En tant qu’infirmière clinicienne, Line Robert ne pourrait pas être mieux placée pour comprendre l’importance des mesures sanitaires reliées à la COVID-19. Mais elle trouve que les dentistes exagèrent en imposant un extra à leurs patients.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

« La COVID-19 a le dos large », dit la dame qui vient de recevoir un appel de son hygiéniste dentaire pour reprogrammer son rendez-vous qui avait été annulé à cause de la pandémie. On l’a informée qu’il y aurait des frais de 30 $ reliés à la COVID-19.

Depuis le 1er juin, les dentistes et autres professionnels de la santé reprennent le collier, après une fermeture de presque trois mois qui a miné leurs finances. Plusieurs imposent maintenant des frais aux patients pour couvrir les mesures de protection qu’ils doivent mettre en place.

« Je comprends la donne. Avec la COVID-19, ils sont plus à risque parce qu’ils travaillent dans notre bouche. Mais 30 $, je trouve que c’est un peu charrier », considère Mme Robert.

Pourtant, ces frais sont en plein dans la fourchette proposée dans le guide de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ) qui prévoit une facture de 15 $ par intervenant.

Ainsi, les frais peuvent s’élever à 15 $ pour un nettoyage où seule l’hygiéniste dentaire doit porter une protection spéciale, même si le dentiste vient faire un examen par la suite. Mais les frais peuvent atteindre 30 $ pour une obturation, où le dentiste et l’hygiéniste auraient besoin de la protection tous les deux.

En plus, les cabinets peuvent imposer des frais de 84 $ pour « l’augmentation du temps et de la responsabilité », m’a indiqué le président de l’ACDQ, Carl Tremblay. Cela couvrirait notamment le temps passé à faire remplir un questionnaire aux patients pour s’assurer qu’ils n’ont pas la COVID-19 et à prendre leur température avec un appareil à infrarouge.

Au total, la facture COVID-19 pourrait donc s’élever à 114 $. « Mais je serais très surpris que ça aille jusque-là », tempère le Dr Tremblay.

Pour lui, ces frais n’ont rien d’exagéré, puisque les fameux masques N95 coûtent entre 4 et 20 $ pièce. Et cela n’inclut pas les frais de réaménagement du cabinet. « Moi, ça m’a coûté 24 000 $ », cite-t-il en exemple. Vitre pour isoler les secrétaires des clients, laveuse-sécheuse pour nettoyer les blouses qu’on doit changer à chaque patient, modification au système de ventilation… Ça grimpe vite.

Mais les dentistes ne sont pas les seuls à faire payer la note de la COVID-19 à leurs patients. Une autre lectrice qui a besoin d’injections contre les varices dans les jambes m’a raconté qu’elle devrait payer des frais de 15 $ pour couvrir les mesures contre la COVID-19 lors de son prochain rendez-vous.

Elle paie son traitement de sa poche, puisqu’il n’est pas disponible à l’hôpital. Et, du côté privé, les médecins peuvent imposer les frais qu’ils veulent. Alors, les consommateurs n’ont pas le choix.

Du côté public, c’est une autre histoire.

« La réglementation sur les frais accessoires défend strictement toute facturation de la sorte, en lien avec des mesures sanitaires, de la part de médecins œuvrant dans le réseau public », insiste la Dre Diane Francœur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

D’ailleurs, la Fédération a demandé à Québec de fournir des masques à tous les patients qui se présentent à l’hôpital ou en cabinet. Après tout, si on en distribue gratuitement aux passagers du métro qui sont en pleine santé, il serait logique qu’on en offre aussi aux personnes qui doivent consulter leur médecin.

Pour l’instant, la réponse est non.

De leur côté, les dentistes ont réclamé une subvention de 25 millions de dollars à Québec pour couvrir leurs frais de protection en lien avec la COVID-19. Québec a octroyé des millions pour permettre aux garderies non subventionnées de s’adapter sans hausser les tarifs pour les parents, compare le Dr Tremblay.

Alors, pourquoi pas un coup de main aux dentistes ?

Face au refus du gouvernement, ils ont décidé de facturer des extras aux patients, ce qui risque de décourager les patients à s’occuper de leur hygiène buccale.

Il est vrai que les patients assurés par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) n’auront pas à payer un extra COVID-19 s’ils consultent un dentiste uniquement pour un service couvert par le gouvernement. C’est formellement interdit.

Mais cela risque d’avoir un effet secondaire indésirable. Comme les dentistes sont débordés, les assurés de la RAMQ pourraient avoir du mal à obtenir un rendez-vous, eux qui rapportent moins aux dentistes. En fait, les tarifs versés aux dentistes par Québec pour les assurés de la RAMQ ne représentent que 67 % de ceux facturés aux autres patients.

« Avec les nouvelles mesures, c’est insoutenable », indique le Dr Tremblay.

Remarquez bien que les assurés de la RAMQ pourraient quand même devoir payer un extra pour les nombreux services qui ne sont pas couverts, comme le nettoyage des dents pour les enfants de moins de 10 ans.

Lors de la dernière campagne électorale, Québec solidaire et le Parti libéral plaidaient pour un meilleur accès aux soins dentaires. Décidément, on ne va pas dans cette direction.