Le Collège des médecins du Québec est « trop loin, trop seul, trop silencieux », selon les résultats d’une vaste consultation menée par l’ordre professionnel au cours des derniers mois.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Le président du Collège, le Dr Mauril Gaudreault, a accepté de présenter les premiers constats de cet exercice inédit à La Presse. « On nous dit que le Collège est une organisation un peu repliée sur elle-même, distante du public, distante des autres professionnels de la santé. » Le Dr Gaudreault reconnaît que les premières conclusions sont « dures ». « Mais on est prêts à les assumer », dit-il.

Depuis son élection comme président en 2018, le Dr Gaudreault voulait sonder la population sur sa perception du Collège des médecins. Plus de 3000 citoyens, médecins, ordres professionnels, regroupements de patients et aidants naturels ont entre autres été rencontrés ces derniers mois. Les 140 employés du Collège ont aussi été consultés et des sondages ont été menés. « À ma connaissance, il n’y a pas d’autres ordres professionnels qui ont fait ça, une telle démarche de consultation », témoigne le Dr Gaudreault, qui a lui-même assisté à nombre de rencontres.

Déjà des effets

Les résultats de cette vaste étude seront dévoilés au cours de l’hiver. Mais déjà, le Dr Gaudreault dit avoir été surpris par la méconnaissance du public envers le Collège des médecins. 

Les gens nous connaissent mal. Pour les gens, le Collège des médecins et les fédérations de médecins, c’est la même affaire.

Le Dr Mauril Gaudreault

La population croit que le Collège « défend plus ses membres que la population », selon le président. « La confiance du public, elle est là, […] mais on a un travail de pédagogie à faire. » Le Dr Gaudreault croit par exemple que le Collège des médecins doit se distancier des fédérations médicales de façon à faire ressortir « sa responsabilité propre et sa mission ». De leur côté, les médecins trouvent que leur ordre ne s’occupe pas assez d’eux et ne valorise pas assez la profession, constate le Dr Gaudreault.

Plus de collaboration

Parmi les autres faits saillants de la consultation, il est clair que les Québécois souhaitent voir plus de collaboration entre les médecins et les autres professionnels de la santé. Le Dr Gaudreault souligne que ce constat a déjà eu des effets sur le Collège qui, en 2019, a collaboré afin d’élargir les pouvoirs des pharmaciens et des infirmières praticiennes spécialisées.

La consultation permet aussi de constater que le public souhaite que le Collège des médecins fasse mieux connaître ses positions sur différents enjeux liés à la santé. Pour le Dr Gaudreault, son ordre professionnel « fait déjà de belles choses ». Mais la consultation permettra d’apporter certains changements. « Pas un changement de culture total, note-t-il. Mais un certain changement de façon d’être. »

Le Collège des médecins veille déjà à la pertinence des soins, plaide son président

Le président du Collège des médecins, le Dr Mauril Gaudreault, estime que son ordre professionnel veille déjà à assurer la pertinence des soins au Québec. « Ça fait partie de notre mission, la pertinence. Il y a des articles du code de déontologie expressément là-dessus », dit-il. Le Collège des médecins a été écarté de l’Institut de la pertinence, créé dans la foulée de l’entente sur la rémunération conclue entre Québec et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) la semaine dernière. Cette entente prévoit la création d’un Institut de la pertinence qui devra réaliser 240 millions d’économies en 2023. Le Dr Gaudreault dit qu’environ 7000 des 21 000 médecins actifs font chaque année l’objet d’une inspection par le Collège des médecins. « C’est énorme. Oui, on est en bonne position pour évaluer la pertinence », dit-il. Le Collège des médecins publie aussi des Guides de pratique pour aiguiller les médecins. « Si [l’Institut de la pertinence], c’est pour faire changer les choses pour le mieux, tant mieux. […] Si on me demandait de collaborer et de travailler avec eux, je dirais oui tout de suite. Mais je n’ai pas été approché. D’aucune façon », affirme le Dr Gaudreault.